Hopper gas station
Cet article est le numéro 4 sur 16 du dossier CAP 2000 !

Tant a été dit sur ce peintre majeur… mais je veux attirer votre attention sur une caractéristique frappante de son œuvre.

Dans la plupart de ses toiles, c’est le silence qui règne. C’est même ce type de silence bref et frappant qui nous entoure et fait parfois surgir en nous des pensées profondes ou étranges. Hopper capte l’instant où des hommes et des femmes sont en introspection, en apnée soudaine dans leur quotidien. Regardez Nighthawks, son plus célèbre tableau : chaque personnage se tient coi pendant la seconde précise où notre regard extérieur et voyeur se pose sur eux.

Nighthawks_by_Edward_Hopper_1942

Cela est plus frappant encore pour les sujets représentés dans une chambre ou un lieu privé. Ils sont apaisés ou mélancoliques, figés dans un moment intime, peut être puissant, mais toujours au ralenti. Ce peintre lit-on, était un « taiseux », alors que l’on soit dans une cafétéria, ou même au cinéma, le bruit extérieur est aboli : on a mis sur pause, on n’a rien entendu du vacarme ; c’est un instant où les décibels sont abolis, flou et net à la fois. Les couleurs seules parlent, les nuances de vert ou de beige sont subtiles et retiennent alors le regard.

L’éclairage en revanche vient souvent de l’extérieur, c’est une lumière crue et forte, mais cela ressemble fort à cette capacité à se voir de l’extérieur que l’on acquiert quelques secondes, parfois lorsque qu’un moment de silence propice vous fait prendre du recul.

Hopper met en scène ces vides formidables laissés en creux dans  la vie moderne, entre deux actions, deux rendez-vous, voire une dispute ou une rupture. On verra après, mais là, un instant magique nous est donné à voir. Quel contraste avec notre vie trépidante, pleine d’écrans, de kling-klang, de tweets et d’instantanés fugaces ou bruyants. En regardant à nouveau nombre des œuvres de Hopper, je n’y vois pas de téléphone, aucun écran qui brille, pas de fil électrique qui dépasse, les lampes y sont souvent éteintes, absentes ou un simple reflet dans une glace. Regardez à nouveau, c’est frappant ce monde avec des voiliers doux, de vrais livres et des papiers, des rideaux qui volent, des maisons sans antenne et des rues sans voitures.

Voici pourquoi il vous est fortement recommandé d’aller voir toute exposition consacrée à Hopper, les musées qui abritent ses toiles, mais plus encore de se procurer des livres de reproductions d’Edward Hopper de s’asseoir chez soi dans le silence et de partir… loin dans son for intérieur.

Jérôme «Enjoy the silence» V.

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