Catastrophe - Laiterie - Strasbourg
Cet article est le numéro 5 sur 5 du dossier Festival Hop Pop Hop

Ils nous ont conquis sur la scène de l’Institut lors du dernier Hop Pop Hop Festival, nous ont totalement happés, emmenés dans leur capsule temporo-spatiale aux moteurs pop soniques gonflés de poésie et d’absurde détonnant. Ils sont le groupe Catastrophe. Née en 2015, cette tribu d’artistes touche-à-tout a fait parler d’elle en publiant en septembre 2016 dans Libération une tribune aux allures de manifeste : « Puisque tout est fini, alors tout est permis », où pointent déjà l’envie d’explorer et la liberté qui les caractérisent, histoire de tracer une voie pour sortir de la morosité ambiante. Peu de temps auparavant, ils avaient sorti un EP, Dernier Soleil, sur le label Tricatel avec le morceau phare Party in my pussy. En septembre 2017, Catastrophe publiait un essai aux éditions Pauvert, La nuit est encore jeune, suivie d’un album du même nom en janvier 2018.

Chez Catastrophe, musique performance théâtre et danse s’entrechoquent avec élégance. Pour situer une telle comète aussi scintillante que groovy dans la galaxie musicale, on ne pouvait imaginer une interview autrement que métaphysique. Nous avons donc proposé à Arthur Navellou, Pierre Jouan et Carol Teillard, moitié du groupe, une partie de billard à trois bandes où les esprits étaient priés de s’échauffer pour découvrir un peu de la magie du phénomène Catastrophe.

Attachez vos ceintures, 4, 3, 2, 1… décollage !

Songazine : Si on vous dit « Existence »…

Pierre : Il y a l’idée de prendre conscience qu’on est en vie. Lors des concerts, on souhaite que tout le monde puisse prendre conscience du moment, de sa propre vie. Cette idée de prendre conscience de sa propre existence, c’est déjà émouvant en soi.

Arthur poursuit : Et l’intensité de ce sentiment d’existence arrive quand on en est vraiment conscient, il est très fort et il nous aide à faire les choses.

Pierre : On est porté par la musique aussi. La musique est alors un moyen pour atteindre un état un peu spécial et c’est très beau de le faire avec le public. La musique sert à connecter les présences.

Carol : Et au-delà de ça, je pense que c’est quelque chose qui nous tient à cœur en concert, très modestement, d’essayer de ramener les spectateurs à leur propre intériorité, pas juste de passer un bon moment, mais d’essayer de réfléchir en se disant peut-être ‘et moi où est-ce que j’en suis ?’ Parfois des spectateurs nous le disent, ça nous rend fiers et particulièrement heureux.

 

Songazine : Si on vous dit « Phénomème(s) »…

Pierre : c’est un très beau mot. Ça me fait penser à une chanson de Bill Fay, qui s’appelle The Never Ending Happening, dans laquelle il dit qu’il est sans cesse émerveillé par le fait que les choses se passent perpétuellement sur terre, et c’est très beau.

Carol : Ça me fait penser à autre chose aussi, à un anglais du 19ème siècle qui avait compilé des phénomènes bizarres et absurdes, il recueillait des articles de journaux et ça donne une encyclopédies des phénomènes bizarres, des pluies de grenouilles, des étoiles filantes incompréhensibles, etc. Et chez Catastrophe nous sommes attaché à cette idée, c’est-à-dire le fait de partir du principe que quelque chose ne pourrait jamais se passer et qu’un jour ça se produit.

Arthur : C’est aussi je pense l’image que nous avions en tête lorsque nous avons commencé avec à la fois de l’écriture, de la musique, du théâtre, ce coté « petit chercheur » en blouse de physique chimie qui étudie tous ces phénomènes.

 

Songazine : Si on vous dit « Tribu »…

Carol : C’est un joli mot, il y a quelque chose d’un peu clanique, un peu l’idée que chacun veille sur l’autre. Ça me fait penser à un rituel que nous avons avant de monter sur scène qui consiste à mettre notre énergie en commun et de pouvoir puiser une somme d’énergie qui ne serait pas l’ensemble de nos énergies mais l’ensemble de nos énergies plus quelque chose qu’on ignore qui aurait sa volonté propre. On aime bien cette idée là.

Arthur : Ça m’évoque tout de suite les tribus des peuples primitifs dont le dernier en date qui refuse toute intrusion de l’occident. Le fait de la tribu c’est aussi son langage. Ça fait deux ans qu’on tourne ensemble, nous avons créé une sorte de langage, on va appeler ça une somme de délires et tous ces délires sont quasiment liés les uns aux autres…

Pierre : Oui c’est beau, c’est une sorte d’écosystème de références communes de mots que nous avons inventés plus ou moins… C’est normal que presque malgré nous il y ait une langue qui se crée, qui nous est propre, c’est étonnant.

Songazine : Si on vous dit « Kaleidoscope musical »…

Arthur: C’est peut-être la meilleure façon que nous avons trouvée pour définir ce qu’on fait parce que nous avons des envies différentes, des influences différentes. On pense que la musique est faite d’énormément de directions, on ne peut pas contenir quelque chose… à la rigueur on dit aussi qu’on fait de la pop. Un kaléidoscope c’est enjoué, il y a aussi ce coté coloré, explosif, voie lactée.

Pierre : Nous ne voulons pas nous restreindre à un style mais explorer tous les fantasmes sonores que nous pouvons avoir.

Arthur : Le jouet kaléidoscope c’est aussi le fruit du hasard, on regarde une configuration qui n’aura pas lieu plus tard, qui est la somme de petites choses brillantes qui se versent et qui à un moment donné crée une image.

Carol : Ce qui est beau dans le kaléidoscope, c’est que le réel est vu mais à travers un prisme. Le réel est quand même présent mais on décide de le voir autrement, de le voir diffracté, plus coloré. On aime bien ça.

 

Songazine : Si on vous dit « Indépendants-multitâches-bricoleurs »…

Pierre : Je trouve que c’est bien comme slogan ! Le bricolage c’est la meilleure manière d’être le plus créatif, le fait d’être multitâches c’est une manière de rester ouvert à d’autres formes d’expression… la photographie, la vidéo pour être les plus créatifs possible.

Songazine : Cela se sent sur scène aussi, vos échanges d’instruments, de rôle…

Carol : Oui ça c’est particulièrement agréable, par exemple en répétition, s’il y a une partie de clavier à jouer, que n’importe lequel d’entre nous peut le faire, on ne part pas du principe que parce qu’il ne sait pas on va avancer et le donner à quelqu’un qui sait, on va se dire qu’il va l’apprendre et qu’on va prendre le temps.

Pierre : C’est aussi agréable d’être débutant, chacun a sa spécialité mais chacun est aussi débutant dans un autre domaine, ceux qui ne savent pas danser vont apprendre à danser, ceux qui ne savent pas jouer du piano vont apprendre…

Arthur : Il y a une forme de fragilité qui est intéressante quand on se met amateur dans un domaine, c’est beau quelqu’un qui dit ‘je repars du début’.

Songazine : Il y a un regard que vous portez les uns sur les autres sur scène, une attention à ce que fait l’autre. Ça rejoint le coté « tribu » de Catastrophe ?

Carol : C’est drôle parce qu’on est presque déroutés sur des très grandes scènes parce qu’on ne se voit plus, les regards sont très loin. On a besoin de se sentir proches les uns des autres pour jouer ensemble. Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas envie de remplir de stades !

Arthur : Oui il faudra des petites télés quoi ! Des rétroviseurs !

 

Songazine : Si on vous dit « Support »…

Arthur : C’est intéressant parce que qu’il y a une erreur que je sens assez facile à faire, de se dire je veux faire de la musique et ne pas se poser la question du sens. Nous on se pose la question du sens en premier. Il se trouve que souvent la réponse c’est un morceau de musique mais des fois c’est une vidéo musicale, des fois c’est un texte. Le fait de penser au médium nous donne une liberté, si demain ce que nous voulons dire ne correspond plus à la musique on prendra une autre direction. Une exposition d’art contemporain, une installation d’art contemporain, un journal, une revue… chacun est le support de l’autre aussi c’est important.

C’est bien de ne rien s’interdire, c’est une liberté. Pour le prochain projet on va continuer à ne rien nous interdire et de faire une œuvre à 360 degrés qui essayera de toucher chaque personne à un endroit différent.

Propos recueillis par Veyrenotes & Wunderbear

Crédit photo de une : Philippe Groslier

Le site web de Catastrophe est à retrouver ici.

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