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Cet article est le numéro 6 sur 7 du dossier Salles de concerts qu'on aime !

En 1971, l’ex plus grand hôtel d’Amérique était devenu la salle de jeux des théâtreux et rockeurs à paillettes. C’était avant le punk. Avant que les Ramones ne sortent de Forest Hills pour traîner leurs Converses sur la scène du CBGB. Avant Television, à une époque où les Sex Pistols n’étaient pas encore nés dans l’esprit de Malcolm McLaren. Les égéries de Warhol paradaient au Max’s Kansas City et seuls les New York Dolls valaient alors la peine de payer une entrée.

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A New York, au début des années 1970, rares sont les salles où l’on peut jouer du rock, fort. Le Mercer Arts Center n’avait pas prévu de devenir l’une d’elles.

Son entrée est située au 240 Mercer Street, ses sorties sur Broadway. A l’époque, Greenwich n’est pas un quartier prisé. On y boit, on y passe, on n’y reste pas. Le Mercer est une « sorte de Lincoln Center de downtown vue par le mauvais côté d’un télescope », « un supermarché de théâtre, joliment conçu pour stimuler l’achat impulsif », écrivent les journalistes du New York Times en 1972.

Dans les 3 000 mètres carrés du Grand Central Hotel qu’il a réinvestis, six théâtres se répartissent sur deux étages. Les Dolls jouent tous les mardis dans l’étouffante Oscar Wilde Room. En 1972, la direction les en chasse – ‘’on ne joue pas du rock dans un théâtre !’’ – puis les prie de revenir, pour l’argent.

Un temps, Patti Smith assure leur première partie, sous les insultes d’un public peu réceptif aux poèmes qu’elle déclame, seule sur scène. Elle se souvient du building décrépi, « un bâtiment du XIXème siècle autrefois opulent, où Diamond Jim Brady et Lillian Russel venaient dîner et où Jubilee Jim Fisk fut abattu dans la cage d’escaliers de marbre. »

« Si l’on y voyait les restes de sa grandeur passée, [le Mercer Arts Center] abritait désormais une communauté culturelle diverse, regroupant théâtre, poésie et rock’n roll », écrit-elle dans Just Kids. La cuisine, The Kitchen, est un laboratoire d’artistes vidéos, de performances et d’explorations musicales avant-gardistes.

Aujourd’hui déplacée à Chelsea, elle est le seul vestige de cette époque. Car le bâtiment s’est écroulé le 3 août 1973, faisant 4 morts et 12 blessés.

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L’épisode alimente la légende et les fantasmes. Mick Jagger et Martin Scorsese le remettent en scène dans l’épisode pilote de Vinyle. En plein concert, une fissure fend le plafond, puis toute la largeur du mur. Les tuyaux pètent, le lustre se décroche. La foule moite s’en fout, enragée par le glam rock flamboyant que dégueulent les amplis. L’immeuble s’effondre sur son public.

Défaut de structure ou mauvaises rénovations, le building a succombé à son âge plutôt qu’aux décibels du rock. Mais le mythe demeure. D’autres salles ont pris la relève pour accueillir les musiciens, et sur les ruines de l’hôtel, des dortoirs d’université ont été construits.

Juliette Demas.

 

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