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Cet article est le numéro 9 sur 12 du dossier Paroles de chroniqueurs

Pourquoi chronique-t-on un album, un livre, un film ? Vaste question qui fait sans doute davantage appel aux lumières de la psychanalyse qu’aux techniques du portrait en 2000 signes. Pourquoi exprime-t-on à de parfaits étrangers une émotion ressentie devant une œuvre ? Pourquoi s’impose-t-on cet exercice aussi vain que ridicule qu’est la communication du ressenti. Comme si l’on pouvait partager ce qui relève de l’intime, de l’inexprimable, d’un processus de cristallisation qui n’appartient qu’à une personne, produit de son histoire.

Je ne suis pas certaine de vouloir répondre sincèrement à cette question. Mettons que j’ai l’âme artiste. Et que je veux répandre sur les bas-côtés des autoroutes de la désinformation la bonne parole de l’amatrice éclairée qui se la joue colibri (c’est la mode) et se dit qu’elle a fait part en pondant un article d’une demi-page word sur un documentaire qui a pris deux ans de tournage.

La vérité est sans doute encore moins reluisante. Quelle part d’ego y a t-il dans cet exercice bizarre qui consiste à jeter son avis à la face du monde qui n’en demandait pas tant ? Sans doute une part prépondérante, il faut bien l’admettre. « Passant, voilà mon opinion, tu ne me l’as pas demandée mais je crois être assez important pour te dire ce que j’en ai pensé et ce que je voudrais que tu en penses ». Il y a sans doute un imbécile qui crie cela dans un coin de notre cerveau. Un imbécile devenu heureux depuis l’avènement des réseaux sociaux et de la vacuité érigée en religion. Tout le monde donne son avis sur tout. Chacun croit être à la fois le centre du monde et le représentant le plus fascinant de son espèce.

C’est cela notre piètre excuse. Après tout, quand la plupart des fats et des sots se contentent d’une centaine de signes dénués de sens, de syntaxe et d’orthographe, pour exhiber leur consternante nullité, nous faisons l’effort d’un petit exercice de rédaction qui nous vaudra peut-être un de ces bons points qu’accorde la masse connectée, un ridicule petit cœur ou un grotesque pouce levé. Nous sommes aussi faibles que cela. Nous sommes aussi bêtement humains que cela.

 

Henriette de Saint-Fiel

Dans le dossier :<< La chronique du juge félinLa vie d’un chroniqueur >>
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