Syd Barrett
Cet article est le numéro 5 sur 12 du dossier Paroles de chroniqueurs

Il était 22 heures pétantes le 16 septembre lorsque je sonnai au domicile de Jérôme V., dans un beau quartier parisien rempli d’hôtels particuliers.

Dix secondes après, j’entendis des pas dans le couloir et la lourde porte de l’appartement s’ouvrit. Quand il m’aperçut sur le pas de la porte, Jérôme V. eut un léger mouvement de recul, visiblement surpris de me voir là à cette heure avancée, portant dans les bras une pile de vinyles.

‘’Mais qu’est-ce que tu fous ici ?’’ me demanda-t-il d’un ton sec et hautain comme à son habitude.

Pour seule réponse, je fracassai violemment la porte d’entrée d’un coup de pied et abattis soudainement la pile de skeuds sur le crâne de l’enfoiré qui, sous la férocité du coup porté, chancela et tomba à terre, groggy. Son regard avait subitement changé. J’y devinai de la peur dorénavant.

Je sortis de sa pochette le vinyle ‘’The Madcap Laughs’’ de Syd Barrett et l’enfonçai dans la bouche du rédac’chef. À mesure que j’appuyais de toutes mes forces, je vis ses deux joues se fendiller de part et d’autre de l’extrémité de la bouche, laissant couler un filet de sang de plus en plus large.

‘’Inside me I feel alone and unreal”

Le salaud gueulait comme un goret que l’on aurait mené à un concert de PNL. Ne supportant plus ses cris de porcin, je saisis la Fender Esquire blanche de 1962 qui trônait non loin, la même ‘’Telecaster Miroir’’ que Barrett utilisa sur ‘’Piper At The Gate of Dawn’’. Un joli bijou que cet empafé avait dû s’offrir grâce à la sueur de nos fronts.

Avec un élan fantastique, je lui assénai un coup violent sur le haut du crâne, à la manière de Paul Simonon explosant sa basse Fender lors du concert au New York Palladium le 21 septembre 1979, que Pennie Smith immortalisa pour la pochette de ‘’London Calling’’. Puis je lui enfonçai le manche de la gratte dans les viscères.

L’affreux ne bougeait plus désormais, les tripes à l’air et l’os du haut du crâne bien visible.

Je fis calmement le tour du salon. L’abruti avait une putain de collection de skeuds, de sacrés collectors introuvables. Je mis la main sur ‘’Your Funeral… My Trial’’ de Nick Cave and the Bad Seeds, que je trouvai de circonstance en pareil instant, le déposai sur la platine et l’écoutai jusqu’au dernier riff de guitare de Mick Harvey :

‘’I am coming up only to show you down for I am coming up only to show you wrong’’

Je décidai qu’il était temps à présent de partir de l’antre de cet être puant. ‘’Tu as bousillé ma vie connard. Quand ta femme et ta progéniture rentreront, elles te trouveront bien changé !’’.

Je sortis en m’assurant qu’aucun locataire ne m’avait vu descendre les deux étages de l’immeuble haussmannien. Au dehors, le ciel était rouge. Sang. Je traversai la rue sans me retourner, les écouteurs dans les oreilles et Bono crachant ‘’Under The Blood Red Sky’’.

Je déposai ma lettre de démission dans une boîte aux lettres au coin de la rue.

Une nouvelle vie allait commencer pour moi…

Alechinsky.

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. 

 

 

Dans le dossier :<< SYD BARRETT M’A TUER (1/2)Un chroniqueur sachant chroniquer sans chronique est-il un bon chroniqueur ? >>
Share