photo Yves Bigot, sept 15
Cet article est le numéro 8 sur 10 du dossier Denner, Cold Wave Bretonne

2015 voit le retour de Denner en Bretagne avec une nouvelle formation : Yann Even (guitare), Philippe Kervella (batterie), David Cadoret (basse), François Houplain (claviers) autour de Gilles Le Guen au chant.

‘’Nous nous sommes rencontrés autour d’influences telles que The Chameleons, AATT ou bien sûr Joy Division, The Cure; et le premier album du groupe qui était déjà là. D’ailleurs, j’ai rencontré Philippe lors de la soirée rennaise de sortie de Nouvelle-Bretagne ; c’est un fan de Pete de Freitas, batteur de Echo and the Bunnymen. Yann, je l’ai rencontré quand il était barman à Rennes et David a intégré le groupe une semaine avant notre première répétition, après une annonce publiée sur Facebook’’.

Le deuxième album du groupe, Drifting Canticles (Des cantiques à la dérive, mais qui jamais ne vacillent), enregistré au Studio Rock à l’Ouest à Guingamp et au Balloon Farm à Rennes, sort deux ans plus tard, en octobre 2017.

Il aura fallu donc attendre sept longues années – une éternité dans l’espace-temps musical – pour (re)goûter au nectar cold wave de Denner, après le premier album Nouvelle-Bretagne sorti en 2010.

‘’Depuis que j’avais enregistré ma voix sur la maquette du futur morceau éponyme, je savais que je voulais nommer l’album ainsi. Sans comparaison aucune, cela me rappelle Erik Satie qui avait trouvé le nom des Gymnopédies avant même d’avoir écrit quoique ce soit !?!’’ s’amuse Gilles. ‘’Mais Drifting Canticles, cela donnait une direction forte au projet !’’.

Nul doute que Drifting Canticles saura prendre dans ses filets un grand nombre de chalands.

Artwork Drifting articles - DENNER

Et ce dès l’entame, menée tambour battant avec le titre oxymorique Radiant Cold. Une entame à faire pâlir d’envie n’importe quelle équipe engagée dans la Coupe du Monde de football au Pays des Soviets : énergique, tonique, engagée et puissante.

Le son cold wave/shoegaze a la patine de l’ancien mais sans que cela jamais ne sente le naphtaliné. S’extraire des senteurs de l’encaustique et des images sépia, telle est bien là la gageure pour les groupes adeptes de ce mouvement musical, pleinement réussie ici.

On enchaîne sans perte de rythme avec Refuelled, pop et enjoué, mettant en avant les arrangements de cordes somptueux de Eric Voegelin et la voix de Gilles Le Guen, tout à la fois atone sans être monotone et emphatique sans être dans l’excès.

Le rythme se pose enfin sur The Drowned Man with the shells in his coat, avec une belle ligne de basse qui accompagne un morceau calme et mystérieux, issu d’un rêve portant l’histoire étrange d’un pêcheur retrouvé mort en mer avec des coquillages en poche, avant l’atmosphérique Lovers in Ribbons.

Sur Stanza, Denner se transforme en ‘’super groupe’’ de rock, une dénomination commune qui sous-entend la réunion de ‘’pointures’’, comme si Nadal et Federer s’alliaient en double hommes le temps d’un tournoi de tennis.

On retrouve la section rythmique de Talking Heads – Tina Weymouth et son mari Chris Frantz -, les congas et bongos de Steve Scales (percussionniste des Talking Heads, B52’s, Tom Tom Club, Yoko Ono, The Violent Femmes, Brian Ferry…) et la guitare aux sonorités funk de Frank Darcel (Marquis de Sade, Republik).

Le tout s’étire sur six minutes haletantes et jouissives, qui n’est pas sans rappeler la bande de Madchester Happy Mondays à son acmé, emmenée par Shaun Ryder et Bez, époque Squirrel and G-Man Twenty Four Hour Party People Plastic Face Carnt Smile (White Out) et Bummed (1990) produit par… Martin Hannett (encore lui !).

Inner voices met en avant la guitare latente de Yann Even et bénéficie de la présence magnétique de Philippe Pascal, le chanteur charismatique de Marquis de Sade et ex-Marc Seberg.

On ne peut s’empêcher au passage de noter la présence sur le même opus des deux co-leaders de Marquis de Sade, comme un signe prémonitoire de la reformation du groupe mythique (le 16 septembre 2017 sur la scène du Liberté à Rennes) quelques semaines avant la sortie de Drifting Canticles.

On ne peut évidemment passer sous silence l’apport essentiel du guingampais Steeve Lannuzel, leader de The Craftmen Club, et vieille connaissance (cf la chronique n°3 ‘’De Transpolis à l’appel de l’outre-Atlantique’’). ‘’Steeve est un mec délicieux. Il a effectué un travail de direction artistique incroyable’’ confie Gilles.

On imagine que Denner aurait de toute évidence eu sa place dans les années 80 sur la scène de l’Haçienda à Manchester ou de l’Eric Club à Liverpool et que Tony Wilson ou Bill Drummond, respectivement créateurs des labels Factory Records et Zoo Records auraient adoubé cette cold wave venue de Bretagne.

Drifting Canticles est une pépite par trop confidentielle que l’amateur éclairé de cold wave serait bien avisé d’écouter sans plus attendre et qui mériterait de s’exporter bien au-delà des frontières bretonnes.

 

Alechinsky.

Lien d’écoute : https://denner.bandcamp.com/album/drifting-canticles

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