Transpolis band
Cet article est le numéro 3 sur 10 du dossier Denner, Cold Wave Bretonne

‘’Vers 1987, j’ai intégré un groupe guingampais qui avait eu deux chanteurs et noms différents, Ian Palack et Falstaff. A mon arrivée, on l’a nommé Transpolis.

 Après deux participations aux compilations costarmoricaines « Patch & Works » vol 1 & 2, nous nous sommes lancés dans notre projet d’album en 1994. ‘’C’est vraiment une très belle ville’’ a été enregistré et mixé au Studio Balloon Farm, à Rennes, avec Vincent Lecouplier. Il n’a pas spécialement rencontré le public. Mais nous avons pas mal tourné en Bretagne, de notre base Guingamp à Rennes (concerts à La Salle de la Cité, Apéros Trans 92/pré-Bars en Trans), à Lorient, Saint Brieuc où on a créé le off d’Art Rock en 93 à La Maison du Peuple pour notre propre concert, puis en 94 au Chai, ou même La Bobine (avec Sinclair), en passant par Le Coatélan à Morlaix (support à The Pollen), ou Brest pour Les Jeudis du Port, toujours avec Sinclair, sur la grande scène. Et la première édition de La Route du Rock en 1991 ! Mais jamais passé La Gravelle !

Artwork TRANSPOLIS C_était une belle ville - 09.1994

On jouait un funk blanc new wave répétitif avec des éléments de jazz ! Le bassiste et moi étions fans de A Certain Ratio, et des musiques noires américaines qu’on voulait jouer de façon très froide. Dès 1991, nous avons intégré le trompettiste rennais Benoît Gaudiche et rapidement un saxophone, pour avoir une section vents. Je me souviens de notre première mise en musique d’un texte de Boris Vian intitulé ‘’Je voudrais pas crever’’. C’était assez étrange et jouissif…  Un funk cold existentialiste ! Et moi qui était dans un trip entre Jacques Brel et Ian Curtis !!?!

On faisait aussi des reprises de Talking Heads, Joy Division, The Doors, Roxy Music et Billie Holiday.

Vers 95, j’avais proposé à Steeve Lannuzel (NDLR : l’actuel chanteur de The Craftmen Club) de prendre la deuxième guitare dans Transpolis. Après une rapide réflexion, il avait décliné. Mais c’est Steeve qui, plus de vingt ans après, a produit ‘’Drifting Canticles’’, le deuxième album de Denner. Il en est même le directeur artistique’’.

Le groupe a perduré quelque temps, sous le nom de Dynagroove en 95/96 -avec même un side-project électronique, Ultramood. Puis il s’est arrêté en 97.

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Depuis la fin des années des années 80, je travaillais comme journaliste en presse locale. Puis retourné à 30 ans à la fac d’InfoCom. D’hebdomadaire, j’étais passé en quotidien au Télégramme, puis à Ouest-France. Mais ce n’était plus ce que je voulais faire et j’ai fini par démissionner.

J’ai travaillé encore quelques mois dans une radio locale jusqu’au jour où une animatrice de la station, qui avait séjourné quelque temps à New York, et en entendant mes émissions et chroniques musicales à l’antenne m’interpelle : ‘’Qu’est-ce que tu fous ici ? Pars à New York !’’.

Sa phrase m’a fait réfléchir. Elle ne le savait pas mais elle arrivait sur un terreau favorable. J’avais un oncle qui était parti de Rennes pour les États-Unis dans les années 50, et pour qui j’avais une fascination (Je lui fais remarquer un certain parallèle avec Frank Darcel qui avait lui aussi un oncle à New York, chez qui il passa du temps durant l’été 1978 et découvrit à l’époque le punk US, Richard Hell, Television et d’autres groupes du CBGB’s).

Je n’avais pas dans l’idée de partir pour arpenter la Route 66 en moto comme Johnny Halliday, avec un loup et un Stars & Stripes dans le dos (sic)… Je voulais plutôt aller traîner sur les avenues, passer les ponts, voir le CBGB’s, les clubs où avait joué Billy Holiday, vivre la nuit new yorkaise. C’était un peu mystique. Une quête, une attraction étrange. Je ne savais pas très bien ce que je cherchais. Aller chasser des démons!? Nous sommes en septembre 1998. J’ai pris un billet open de trois mois et j’y suis resté sept années !

Je suis parti avec un ‘book’ d’une vingtaine de cds à écouter dans mon Walkman, en situation, dans cette ville que je ne connaissais pas. J’avais tout vendu : voiture, scooter … Et surtout le stock restant de ce cd de Transpolis -que je portais comme un échec- dans une solderie à Lannion. J’avais récupéré quelques centaines de francs pour ajouter à mon pécule de départ. Je n’avais gardé que quelques exemplaires de cet album.

Car en arrivant sur place, j’avais une ‘’to-do list’’ : je devais en jeter un dans une poubelle du Lower East Side, un autre dans l’East River, du haut du Brooklyn Bridge, un autre dans une poubelle à Central Park etc C’était une liste de choses à faire, pour expier… Je devais marquer les choses, c’était symbolique. La musique, j’arrêtais. Je n’y toucherais plus.

Le lendemain de mon arrivée, c’était mon 36ème anniversaire. Pour célébrer, je suis parti de East Village -1st avenue & 13th street- de nuit, j’ai marché au radar, au sens de l’orientation breton, jusqu’au pied du Manhattan Bridge, qui était évoqué dans notre titre « La cité des transes ». Et sur la base d’une pile du pont, j’ai laissé un « C’est vraiment une très belle ville » (sic).

A ce moment, et même s’il ne le sait pas encore, l’aventure Denner est déjà en marche…

Alechinsky.

 

Tracklisting ‘’C’est vraiment une très belle ville’’ (09/1994. autoprod /distrib. Kerig) : 1. Des Apnées d’Boulevard/Autour de Minuit. 2. Peekaboo 3. Soft Loft 4. Happy Hour 5. Strange Fruit (Billie Holiday) 6. J’Irai Cracher sur vos Tombes (texte Boris Vian) 7. Lame de Fond 8. Seul dans les Villes 9. La Cité des Transes +Nulle Part (hidden track).

Chant : Gilles Le Guen, Basse : Daniel Lotoux, Batterie : Pierre Rouillé, Guitare : Philippe Rouillé, Trompette, Bugle : Benoît Gaudiche, Claviers : Sam Manson, Saxophone Alto et Baritone Saxophone : Nicolas Lejas, Trombone : Bertrand Grelier, Chœurs : Delphine Lefeuvre, Production : Vincent Lecouplier, Photographie : Joël Bellec, Artwork : Franck Benasseur.

 

 

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