Phil Philips
Cet article est le numéro 6 sur 7 du dossier Feïkke Records

Phil Philips n’aurait jamais cru sortir un disque en 2016, il en avait abandonné l’idée en 1972. « À l’époque, je traînais pas mal dans les milieux musicaux. J’avais mes entrées à Polygram, mais je ne me sentais pas prêt. » Dès 1963, après l’achat de l’un des 55 mellotrons* mis sur le marché, Phil Philips se passionne pour la musique électronique. Il expérimente, prend des cours de piano, rencontre Juliette Boulanger qui lui présente Quincy Jones et se vante d’avoir fait découvrir le mellotron à John Lennon. « La première fois que j’ai entendu Strawberry Fields Forever, j’ai brûlé tout ce que j’avais pu écrire, se souvient-il. Je me disais que je ne ferai jamais rien de bon. Et cette idée m’a tellement miné qu’en 1972, j’ai tout arrêté. »

Phil Philips tourne alors complètement le dos à la musique et entame une brillante carrière dans l’assurance. Il ne conserve qu’un seul disque : un 45 t d’Aerosmith dédicacé par Steven Tyler. « C’était une façon de rendre hommage à mes années mellotron. »
En novembre 1980, il est en vacances en Espagne. « Il y avait une chanson qu’on entendait partout. Et moi qui n’avait plus prêté attention à la musique depuis presque dix ans, j’étais abasourdi. Je ne parlais pas un mot d’espagnol, mais je me suis quand même fait comprendre pour savoir quel était ce morceau et qui le jouait. C’était Enola Gay, d’Orchestral Manoeuvres in the Dark. J’ai écourté mes vacances, je suis rentré chez moi aux Pays-Bas et je suis allé m’acheter un synthétiseur. »

Pendant une première période de dix ans, il compose pour lui. « Mon incapacité à surmonter mes propres créations me poursuivait. » Lors de la décennie suivante, il travaille anonymement pour des firmes de jeux vidéos. « J’ai vraiment, à nouveau, accepté l’idée que je pourrais sortir un véritable disque au début des années 2000. Je n’avais plus rien à prouver au travail, mes enfants allaient quitter ma maison. Ma femme aussi. »

Il aura tout de même fallu encore dix ans à Phil Philips pour signer un disque. Ou plus exactement, un titre. Car Incandescent Lamp est un chant unique de 67 minutes qui emprunte à la synthpop, à la mouvance minimaliste d’un Max Richter et à la culture manga d’un Yasutaka Nakata. « Malgré mon âge (ndlr : Phil Philips a aujourd’hui 71 ans), je crois que c’est le disque de toute ma jeunesse, celle qu’on a passé sous la lampe électrique parce qu’on dormait le jour. »

Steve Money

Phil Philips
Incandescent Lamp – 2016
Feïkke and Co recordings

*mellotron (de MELOdy et elecTRONics avec l’ajout d’un L), il s’agit ici du Mark I.

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