Williams Brutus

Ton nouvel album, L’Estère, vient de sortir, et c’est un coup de cœur pour Songazine ! Comment te sens-tu ?

Je suis soulagé car enfin ! Il est sorti. J’ai écrit les chansons en 2014, cela fait 4 ans que j’attends cela (rires). Je ne me sens ni stressé ni nerveux, juste soulagé que ce projet aboutisse enfin.

J’ai longtemps joué avec le duo SAÏ, et j’ai voulu lancer ma carrière solo en 2014. J’ai appelé le chanteur Pierpoljak (je le connaissais car j’avais fait sa première partie en 2010) pour lui demander de chanter un duo avec lui ; mes maquettes lui ont tellement plu qu’il a eu envie de me produire, ce qui s’est effectivement réalisé.

Peux-tu nous présenter le style de ton album ?

C’est un album assez éclectique. Le style dominant est le reggae mais il y a aussi des balades, de la soul, du hip hop avec You Can’t stop the Rain, et un soupçon de pop. Pas trop, car pas question de rentrer dans un côté trop commercial ! On peut dire que l’objectif de cet album est de rendre le reggae accessible au plus grand nombre. Je ne fume pas et je ne bois pas, je ne suis pas un puriste du reggae (rires) !

Quelle est l’inspiration de cet album ?

L’Estère est ma ville natale en Haïti mais cet album parle de thèmes universels, comme l’amour bien sûr (rires). Sur un titre comme I Tried par exemple, le thème que j’aborde est le repli sur soi ; sur Won’t Turn Around j’aborde le thème de l’écologie et notre nécessaire obligation de changer. Plusieurs morceaux sont festifs mais les thèmes sont finalement assez sérieux.

L'Estère, Williams Brutus

L’Estère, Williams Brutus

La suite de cet album ?

Plusieurs concerts sont prévus. Sur scène je suis avec mes musiciens, nous sommes 6, c’est un album à écouter en live ! Et ensuite : un second album ! Je suis déjà en train d’y réfléchir.

Ton rêve ?

Continuer ! Arriver à continuer à tourner dans de petites salles conviviales, arriver à vivre décemment de ma musique, sans show-off, en conservant ma discrétion.

Peux-tu me parler d’Haïti ?

Je suis un enfant adopté, et je suis arrivé en France en 1991, à l’âge de 5 ans. Je suis retourné pour la première fois en Haïti en 2014. J’ai découvert mes frères et sœurs, toute ma famille, mon pays et son extrême pauvreté. J’ai éprouvé des sentiments très contradictoires : d’un côté j’ai réalisé que j’avais été privé de ma vraie famille et de cette vie initialement prévue pour moi, et de l’autre j’ai compris que j’avais pu en France avoir une chance immense : faire du sport de haut niveau, faire le conservatoire, faire des études. Je me suis demandé : pourquoi moi ? Pourquoi pas mes frères et mes sœurs ? J’essaie au quotidien d’être digne de l’éducation que j’ai pu avoir. Je porte la carte d’Haïti en médaille autour de mon cou, je suis aussi très fier de représenter mon pays de naissance.

Le plus difficile ?

Le plus dur est d’arriver à se faire connaître, d’exister dans les médias en tant qu’artiste.

Ton plus grand bonheur ?

Monter sur scène ! Et partager ce plaisir avec le public.

As-tu le trac sur scène ?

En fait, je suis assez zen (rires). Le conservatoire m’a donné une solide formation et m’a forgé un caractère endurant. Le sport de haut niveau aussi m’a aidé (je faisais de l’athlétisme, je courais le 400 mètres), cela m’a appris à m’entrainer dur pour peu de résultats. Le jour de la compétition, il faut être au rendez-vous. Comme pour les concerts finalement !

Pascale Baussant, en mode coup de cœur pour Songazine.

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