Milanose_Songazine_020318@Marylene_Eytier

L’histoire de la climatologie à Paris au XXIe siècle retiendra le temps sibérien en ce début mars 2018.

En chemin vers le Pub 58 L. Legend, sis au 6 rue Saint-Bernard, lieu de la release party Songazine 3.0.*, au milieu des congères sculptées par le vent, je fus dans l’obligation soudaine de jouer des coudes pour me frayer un passage au milieu d’une horde de manchots Adélie (non, non, pas en Inde… en plein 11e arrondissement de Paris !) qui bloquaient sans vergogne le pavé parisien au sortir du métro Faidherbe-Chaligny.

Un homme d’un âge avancé, biologiste de son état, m’expliqua avec confusion que ces animaux étaient des mâles faisans, coutumiers de ce genre d’incivilités urbaines. Malgré mes faibles connaissances en ornithologie, j’eus l’intime conviction que le vieil homme se trompait d’espèce, mais je n’osai le contredire. Il les fustigea vertement, les traitant de bandits (les fameux bandits manchots !), avant de disparaître dans le métropolitain.

De nos jours, ces bestioles n’ont décidément plus d’éducation, c’est inuit !

Après cet épisode fâcheux mais sans conséquences, je gagnai enfin la chaleur du Pub 58 L. Legend et d’un public venu nombreux pour assister au concert de Milanose, aka Lionel Martin, auteur-compositeur-interprète.

Son nom d’artiste aurait sa place sur le calendrier révolutionnaire, plus proche de Floréal et Thermidor que de Brumaire et Ventôse. Car Milanose irradie de l’intérieur et éclaire de mil feux au dehors, des éclats lumineux dans le regard et un sourire permanent qui se transforme en éclats de rires cette fois, lorsque je lui fais part de sa ressemblance physique avec Dominique A ; ‘’Tu es en train de me dire que je vais devenir chauve dans peu de temps ?’’ s’amuse-t-il.

Nous évoquons Feu ! Chatterton, Eddy de Pretto et Robi, à qui, allez savoir pourquoi, il me fait penser, bien au-delà de leurs origines sudistes. Robi la Niçoise, ‘’L’Hiver et la Joie’’**. Milanose le Vallaurien, la joie en hiver.

Robi, Dominique A, Eddy de Pretto, Feu ! Chatterton… le dénominateur commun ne serait-il pas des textes poétiques et finement ouvragés ? Mais surtout pas des chansons à texte car, comme le dit le nantais fondateur de la nouvelle scène française au début des 90s, ‘’les chansons à texte équivalent à des chansons sans musique’’.

Un premier album héliotrope, ‘’De l’ombre à la lumière’’, sorti l’an dernier, dévoile sept morceaux qui, s’ils ne révolutionnent pas la chanson pop française, font mieux que cela : ils l’émulsionnent et magnifient la langue, moteur à bloc gonflé par les sens des mots.

MILANOSE_De l_ombre à la lumière_2017Les paroles sont joliment ciselées, écrites en collaboration avec Jérôme Vaillant, qui signe ici trois morceaux :

‘’Proactif’’, un concentré d’estime de soi et de positivité à garder à portée d’oreilles en cas de déprime (‘’Positif, proactif, là j’ouvre les fenêtres/Facétieux, ambitieux, je conjugue mon être/Positif, proactif, je gravis les montagnes/Facétieux, ambitieux, je m’estime et je gagne’’),

‘’Concertard en Paris majeur’’, un vagabondage nocturne enlevé et non dénué d’humour dans les salles de concerts parisiennes, faisant la part belle à des riffs de guitare alertes,

‘’Exil du Sud’’, narrant les ‘’souvenirs essentiels’’ de Calabrais ayant quitté leur terre d’origine pour le Nouveau Monde (‘’Bien loin des oliviers, et de leurs grands figuiers/Ils ont bâti des ponts, sont devenus banquiers/Mais jamais n’oublièrent […] Le goût de la réglisse et le chant des cigales/Est inscrit dans leur sang, amour congénital’’).

‘’Le blasphème’’, sur lequel la voix de Milanose rappelle incroyablement celle de Stan du groupe Matmatah, et ‘’Lourde tâche’’ sont les deux morceaux les plus sombres de l’opus mais au phototropisme positif, orientés vers la source lumineuse.

‘’Roi-démon’’, un brin désinvolte, est en marche vers les couleurs vives de l’ivresse (‘’Je me sens mal de vivre sans amour/Alors je fais les choses avec humour’’).

‘’Va de l’avant’’ est un morceau feelgood aux sonorités reggae, entre Marley et Brassens, que ne renierait pas Riké (‘’L’amour ne connaît pas de frontière/Il amène les idées claires/Même quand tu te sens grabataire/Il faut, il faut aller de l’avant’’).

‘’De l’ombre à la lumière’’ est un album porté par la beauté du monde, empreint d’émotions, de joie, d’amour, de positif et d’humain. Peut-être devrais-je dire d’Humanité.

Milanose a une (belle) âme. Celle qui permet de nous émouvoir et de ressentir. Celle écrite par François Cheng : ‘’Unie à un corps et l’animant, l’âme est la personne même’’ et par Jacques de Bourbon Busset : ‘’L’âme est la basse continue qui résonne en chacun de nous’’.

‘’Vis l’instant d’où s’émane/Un parfum qui est cher à ton âme’’. Tout est résumé ici.

 

Alechinsky.

 

*Pour le lancement de la chaîne YouTube du webzine musical **Titre de son premier album autoproduit (2013)

© Crédit photo : Marylène Eytier

 

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