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Cet article est le numéro 3 sur 8 du dossier Fictions 2020

Au bord du lac Victoria, le 25/04/2026

Ma sœur adorée,

J’espère que tu ne t’inquiètes pas trop pour moi. Je suis désolée de ne pas avoir donné de nouvelles plus tôt, mais je me suis laissée emporter dans un tourbillon – que dis-je, un tsunami, une tornade ! Ca m’est tombé dessus comme quand j’ai percuté le sanglier avec la voiture de maman. D’habitude, ma vie est si simple, dénuée de surprises, si facile. Mais voilà…

Il y a de ça une vingtaine de jours maintenant (20 jours que je ne t’ai pas écrit et que tu es sans nouvelles ! J’ai honte, et je suis à la fois tellement heureuse d’avoir des choses palpitantes à te raconter !)… bref, plus de deux semaines en arrière, je suis allée chez l’opticien pour changer mes lunettes. Mes verres étaient devenus verts, couleur cul-de-bouteille, avec le temps. J’étais en train d’essayer des montures roses à écailles, quand un client du magasin s’est adressé à moi.

Après ma réponse, il m’a dit : « Moi, je m’appelle David. David Sire ».

J’ai trouvé son nom… princier, majestueux. J’ai tout de suite perçu une personnalité intéressante à découvrir – tu as toujours dit que j’avais des antennes de détection pour ça.

Moi, je ne savais pas si c’était un plan drague ou pas, mais je me suis dit, après tout, on n’a qu’une vie, et je me suis laissée séduire. Et puis, tout à coup, David a reposé ses lunettes de soleil à monture plastique rouge sur le présentoir et il s’est mis à chasser l’air de ses mains, il m’a attrapé la main et il a crié « Viens, on se casse, les lunettes, ça me gonfle « .

Et puis comme ça, sur un coup de tête, on est partis à l’aéroport et on a pris le premier avion qui passait. Tous les deux. Ne m’engueule pas parce que je suis partie en voyage avec un inconnu. J’ai entière confiance en mes antennes.

Et nous voilà à Victoria. Et nous voilà en parfaite harmonie avec la nature, dans la savane, au milieu des crocodiles, des lézards, des martins-chasseurs du Sénégal et des cormorans.

Et nous voilà à Devenir.

Et nous voilà heureux.

Et voilà que j’ai découvert mon trésor. J’ai découvert « ce qui [me] colore ». Ce sont les émotions délicates que les poètes chanteurs chanteurs comme David Sire parviennent à nourrir, jusqu’à les faire éclore. C’est très fort, et j’avais besoin de te l’écrire, à toi, ma sœur, mon point de départ. J’aimerais que tu viennes nous rejoindre au bord du lac. J’aimerais que tu me dises quel est ton trésor.

Je t’aime autant que je t’embrasse.

Violette

P.S. : Je ne sais pas quand je rentre, j’ai envie d’en profiter encore.

P.P.S. : mots imposés : Facile, Antennes. Lieu : lac Victoria. Un artiste en D, comme mon nom de famille. Forcément, c’était David Sire…

 

Dans le dossier :<< MékongLa vie sans les autres >>
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