Alain Bashung Fantaisie Militaire
Cet article est le numéro 5 sur 5 du dossier Une couverture un souvenir

C’était l’époque où préparer un long trajet en voiture rimait avec choisir précautionneusement les 6 CDs que l’on mettrait dans le chargeur de discs situé dans le coffre, celui-ci rendu ensuite inaccessible par l’amoncellement scientifiquement organisé de bagages. Il ne fallait donc pas se tromper car on les aurait en boucle dans les oreilles pendant 9 heures, album après album ou en mode shuffle (façon de varier les plaisirs), ce qui pouvait laisser aller à des jeux (pari sur le nom du prochain CD, blindtest, etc.). Il y avait des valeurs sûres, des rituels, des compromis transgénérationnels : un disc de Jacques Loussier avec la pochette rouge et violette, le « MTV Unplugged » de Nirvana, un album de Cat Stevens.

Une fois les centaines de kilomètres avalés, nous retrouvions certains albums sur place, qui eux n’avaient pas la chance de traverser la France au début et à la fin des vacances telle une transhumance. Il y avait notamment un best off de Polnareff dont les textes étaient connus par coeur par mon frère et moi-même.

Bref, c’était le temps avant le Bluetooth, l’iPod et Deezer.

Cette année là, c’était l’année du bac, de LA coupe du monde et de la sortie de « Fantaisie Militaire » de Bashung. Cet album là avait gagné son billet pour traverser la France. Il tournait en boucle depuis des mois sur ma platine. Il faisait également l’unanimité parmi les amis qui étaient à la maison cet été là. Nous étions à la limite de l’obsession, du fétichisme. Nous le connaissions dans les moindres détails, il allait même détrôner Polnareff dans la maison de vacances.

Un soir, nous décidons de sortir au St Hilaire. En première partie de soirée, il y a un concert de Jacques Higelin. Jacques qui ? Connais pas vraiment. Cinq d’entre nous partent pour le concert. Nous les rejoignons plus tard avec deux autres. Quand nous arrivons, Jacques est là. Il a l’air plutôt sympathique, aérien, rêveur, comme en équilibre. Mais il a fini de jouer. Le concert restera gravé dans la mémoire musicale des cinq amis présents. Ils sont sous le charme d’un grand moment d’émotion, de générosité, de poésie et de mélodies tout en délicatesse.

Il restera également gravé dans ma mémoire comme LE grand concert que j’ai raté de peu, parce que Jacques Higelin, en fait, je connaissais déjà un peu, après j’ai connu mieux, et maintenant…

Charlotte Poul

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