Affiche Under The Silver Lake

« It Follows » m’avait impressionné par sa réalisation audacieuse, son travail sonore remarquable et ses « hors-champs » astucieux. Sans oublier sa charge salutaire sur l’Amérique bien-pensante et ultra-conservatrice. Mais, au final, laissé un goût d’inachevé. Car tout bon film d’horreur se doit de « dire » ou « dénoncer » les scories de son époque. Hélas, mille fois hélas, la forme l’emporta sur le fond. Un scénario trop léger plombait, à son corps défendant, des scènes d’épouvante pure.

Gros Buzz du Festival de Cannes 2018, sans aucun prix en retour, qu’allait donner le nouveau film de l’Ami Mitchell? Là, je dois avouer que ce dernier tient son chef-d’œuvre tant sur la forme que sur le fond! Étonnant, érotique, barré, mathématique, électrisant et d’une intelligence rare, cet ovni vous retourne l’esprit comme jamais. Il est impossible de résumer ce long-métrage ou de le caser dans une catégorie précise.

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« Under the Silver Lake » emprunte à bon nombre de genres et recycle bon nombre d’idées cinématographiques tout en étant totalement original. Car cette enquête policière surréaliste n’est qu’un prétexte pour fustiger Hollywood et ses adeptes. Starlettes courant le cachet et s’essayant par dépit au métier d’escort-girls, groupe de rock préfabriqué, producteur ancestral, voisine exhibitionniste… une foule de personnages symboliques croisera la route de notre anti-héros. Et tentera de le noyer sous un flot de cynisme et de propos factices. Ne nous y trompons pas, Andrew Garfield (il trouve le rôle de sa vie dans le personnage de Sam et compose un glandeur lubrique d’anthologie!) n’est autre que le double de son réalisateur, franc-tireur prisé par le système, connaissant très bien les rouages du métier mais crachant ouvertement sur cette machine moribonde et broyeuse de talents.

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L’âge d’Or est mort, les « conteurs » à zéro. Soit. Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien. Et soyons assez malins pour profiter de cette multinationale de l’entertainment sans qu’elle soit consciente de ce qui se trame en coulisses. Si Sam répugne autant ses congénères par son odeur pestilentielle, c’est qu’il suinte la Vérité par tous les pores de sa peau. Celui-ci ne triche pas, il essaye du mieux qu’il peut de se frayer un chemin au milieu de la superficialité et les faux-semblants de la Cité des Anges, quitte à en perdre la tête et quelques plumes…de chouette! Jeu de piste paranoïaque et gratuit, chasse au trésor arty, essai totalement vain, sous « Mullholland Drive »

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Bon nombre de critiques ne trouveront dans ce long-métrage qu’une pose interminable d’un auteur en mal de reconnaissance. C’est attendu mais un peu réducteur. Pour ma part, j’y ai vu l’un des plus grands films de mémoire de cinéphile, un Hommage touchant et ultra-codé à la pop-culture et aux Artistes intègres (de ceux qui côtoient Mephisto et y brûlent leurs ailes) doublé d’une maîtrise de la réalisation (fascinante) et de la narration (Hitchcock, toujours!) peu commune.

Et que dire de la B.O. (REM y croise le fer avec Bernard Herrmann), « bandante » à souhait!?

Un film fantastique. Brillant. Un bonheur absolu. Une claque. De celle qui redonne foi dans le Cinéma d’auteur. Et d’Hauteur. « Indiana Jones », « Jaws », « Boyhood », « La Nuit du Chasseur »…et à présent « Under the Silver Lake »!

Je vous souhaite la bienvenue dans mon Panthéon personnel, Mr Mitchell! Et je ne peux que vous remercier pour ce cadeau.

PS: surtout, regardez l’affiche de plus près à la sortie de la séance, des indices de taille y sont dissimulés!

John Book.

 

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