Musicien éclectique, raffiné et intuitif, Sting revient avec un quinzième album solo, intitulé « The Bridge » , réflexions nées dit-il « de l’oisiveté du confinement » et d’un album conçu « comme d’un pont dans cette période tourmentée » avec des personnages en transition.

La vie et la mort, fidélité et infidélité, joie et abattement, questionnement sur notre existence, peur de l’avenir et quête d’un autre monde, besoin de se retrouver, tels sont les thèmes universels de « The Bridge », que Sting développe avec cette singularité musicale et cette voix unique, vecteur d’émotions intemporelles.

Toujours entouré (parfois à distance) de musiciens issus de différents univers musicaux (Branford Marsalis, Dominic Miller, Josh Freese, et notre Manu Katché national…) , l’album offre une palette harmonieuse et équilibrée, entre balades folk, improvisations électro minimalistes et sons pop rock, baignées de spiritualité et de sagesse, pour une musicien qui semble n’avoir pris aucune ride malgré le passage du temps.

Mais « The Bridge » c’est aussi, comme dans nombre de ses précédents albums, des thèmes forts et engagés sur des thèmes humanitaires et écologistes forts, notamment des reprises pour des causes caritatives de « (Sittin’ on) The dock of the bay » d’Otis Redding et « The Lord must be in NY City » d’Harry Nilsson.

Les dix chansons (plus bonus et reprises) sont aussi une passerelle avec tout ce qui a fait les succès du musicien depuis les débuts de Police, les souvenirs et les expériences passées et ce qui a façonné son oeuvre, de « Synchonicity » ou « The Dream of Blue Turtles » au morceau funky qui ouvre son dernier opus, « Rushing water » et des mélodies plus pop comme « If it’s love » puis jazz, et reprenant même des thèmes classiques d’anciens morceaux de « Every breathe you take » dans « Loving you ».

Pour Sting tout est dans l’improvisation et tourne autour des innombrables surprises qu’elle apporte, partant sur quelques notes et accords et laissant le soin à ses musiciens, notamment son compère Dominic Miller à la guitare, de venir enrichir ces ébauches et d’élargir la palette musicale de ses compositions.

Sting aime aussi tomber dans la métaphore, et explique que « composer c’est comme pêcher, vous lancez votre ligne et pendant des jours, puis vous attendez que le poisson veuille bien mordre, et puis un jour, soudain, sans prévenir, vous en attrapez un, que vous allez cuisiner, et au bout d’un certain temps, vous en attrapez d’autres, et finalement composer des morceaux, c’est assez similaire, mais rien n’arrive, au bout du compte, si vous ne vous décidez pas à lancer votre ligne ». C’est aussi pour lui, comme « servir au tennis et se renvoyer la balle et le jeu s’enrichit de la qualité des échanges entre les joueurs » comme le font des musiciens lors d’une jam session.

« The Bridge » représente les passerelles musicales, intergénérationnelless, et temporelles que seul un musicien au style unique et inimitable pouvait synthétiser en quelques morceaux mélangeant modernité et classicisme, et pour les fans et initiés, écoutez son interview qui éclaire les inspirations, les rêves, et les valeurs d’un artiste dont le « dard » continue à nous piquer, en attendant une tournée prévue en 2022.

Thierry B.

Sting – The Bridge – Novembre 2021 – A&M Records

 

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