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Encore un coup de cœur ! Recommandation enthousiaste ++ pour Ruppert Pupkin et l’album Run, qui sortira le 8 juin. Prendre un nom de scène aussi évocateur pour les cinéphiles est un atout pour Emmanuelle Destremau. Le nom du personnage – à un « p » près– brillamment joué par Robert de Niro dans « The King of Comedy » (La Valse des Pantins, Martin Scorcese, 1983). Excellente idée, ce rôle ambigu étant une vraie réussite, le film posant des questions acérées sur le besoin de reconnaissance et de célébrité généré par le show business et la télévision. Le vide des paillettes en écho à la soif inextinguible des papillons sans tête qui veulent briller dans la lumière et s’y faire griller si nécessaire… AAAh passer sur D8, M6, TNT 666, être dans le loft avec les autres siliconés, passer une audition avec Mikaaa et Zaaaaz, cirer les chaussures d’Hanounaaaa, se faire déchiqueter vivant chez Rucul-quier et ses charognards, faire un pub pour une maaaarque : donner son âme en pâture pour une gloire d’un quart d’heure serait le plus petit des prix à payer !

Pour s’approcher de la lumière, Emmanuelle Destremau prend un chemin plus ardu mais plus noble. Elle travaille, produit, agit, crée : comme actrice pour le théâtre et le cinéma, réalisatrice, auteur et chanteuse. Dans ce dernier registre, elle nous livre un album touchant et riche. Un choc esthétique épuré qui m’a rappelé la toute première écoute de PJ Harvey. Une voix, un style et une ambiance puissamment évocatrice. Des chansons attachantes et belles. Que dire de plus si ce n’est de vous inciter à prendre le temps d’écouter ces onze titres et de vous préparer à être touchés. Dès la première, Save U, le ton est donné : hauteur du registre et orchestration à l’os, qui attaque votre montagne émotive par la paroi des sentiments. O My Dead (ma préférée) est impressionnante et très forte. Your Sister aussi s’impose : magnifique, folle et échevelée, doublée d’un clip original visuellement remarquable. Stay déchire. A la réécoute, tous les titres s’enchaînent avec facilité et composent une belle suite sensible.

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Recevoir environ 400 albums par an en physique et numérique impose une certaine contrainte, mais façonne aussi une oreille qui devient exigeante, sélective, peut-être plus pertinente ? Ne jamais laisser l’orgueil et l’habitude organiser votre jugement d’un seul coup de patte, mais reconnaître très vite ce qui compte un peu plus. Ce qui transpire un supplément d’âme, de rêve et de talent. Ruppert Pupkin, album Run, croyez-moi : c’est une pépite.

Jérôme « Jerry Lewis» V.

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