Que recherchez-vous lorsque vous lisez un livre ?
Par exemple de la surprise, des personnages mémorables, un récit captivant et, évidemment, un réel dépaysement ? Sans oublier un style, une langue, une façon d’écrire qui vous retient ? Et puis, pourquoi pas en apprendre plus sur l’Histoire et la Géographie d’une contrée que vous connaissiez mal ?
Tout cela, je vous le garantis dans le livre « Caravane pour corbeaux », de l’autrice bulgare Eminé Sadk (Agullo Editions).
Son pitch est le suivant :
Le héros, Nikolaï Todorov, professeur falot d’une petite ville,voit sa vie basculer lorsqu’un incident grotesque – un discours avorté qui tourne au scandale – le pousse à fuir. Commence alors une véritable épopée à travers le Loudogorié, région du nord-est de la Bulgarie où cohabitent Bulgares, Turcs et Tsiganes. Evoquant la plaie encore vive de la bulgarisation forcée des minorités, cette errance sera marquée par des rencontres avec des personnages lumineux et des âmes cabossées : une Tsigane amoureuse, un ex-taulard lecteur de Kafka ou encore une jeune femme hantée par l’absence. Ce voyage devient une quête intérieure portée par une prose oscillant entre réalisme et onirisme. Avec ironie et poésie, Sadk dresse un portrait doux-amer d’une Bulgarie en pleine mutation.
Avec son premier roman Caravane pour corbeaux, Eminé Sadk, s’impose comme une révélation de la nouvelle génération d’auteurs bulgares. Lauréate du prix « Boyan Penev », l’autrice déploie une langue vive, empreinte d’empathie pour les êtres à la marge.
Pitch qui intrigue et donne envie, mais surtout-en vrai de vrai- ce livre est remarquable de mon point de vue ; en effet la traduction semble fort pertinente et recrée une langue savoureuse, surprenante, emplie d’expressions colorées et d’un vocabulaire parfois atypique (bravo à Marie Vrinat-Nikolov).
Ce qui le distingue est cette atmosphère entre surréalisme, réalité crue, imaginaire onirique, sentiments touchants et créativité fertile. On y trouve beaucoup d’observations sur les comportements et les manies universelles, avec un recul et une critique sévère mais tendre envers la Bulgarie et ses soubresauts depuis la chute du communisme … enfin dans une certaine région perdue, avec des villages où persistent des traditions anciennes, l’alcool coule à flots et beaucoup de monde se débrouille avec la vie avec des règles du jeu aléatoires et baroques.
Le tout en se comportant de façon spectaculaire, forcément spectaculaire, surtout la nuit. Et quelle galerie de personnages totalement filmesques !
J’ai pensé, en vrac, au film « Goodbye Lenin », à Borat, mais aussi à « La conjuration des imbéciles » (John Kennedy Toole), à l’atmosphère made in Kusturica ou encore à l’excellent livre « Poupées Roumaines » (Marie Khazrai), le tout avec cette légèreté d’esprit un peu ironique qui vous envahit après votre deuxième verre de Spritz et que le monde vous paraît à la fois loufoque et diablement bien organisé.
Bref, un seul conseil amical : lisez sans retard « Caravane pour corbeaux », c’est une expérience littéraire pleine de saveurs et d’humour, riche en tableaux cocasses et terriblement humains.
Jérôme « wish you were here » V.






