Dans un grand festival comme Rock En seine 2026, difficile de faire un choix parmi les nombreuses belles découvertes potentielles !
Coup de chance je sélectionne Ile de Garde, trio réellement intéressant, coup de cœur Songazine, et je cite Rock En Seine : « Elles s’appellent Klara Coudrais (narratrice magnétique), Morgane Poulain (responsable de la batterie) et Cécile Aurégan (aux synthés), et elles n’ont pas fini de hanter nos esprits. Énième révélation de l’indispensable label Born Bad Records, ce trio rennais s’accompagne de synthés empoisonnés et de rythmiques hypnotiques venues du krautrock, tout en déclamant des textes désenchantés où la colère froide s’imbrique dans des observations impitoyables. Rage Blossom, l’EP de six titres qu’elles ont sorti fin 2025, contient toutes les promesses d’une carrière qu’on espère longue. On y découvre des traces persistantes des Slits, d’ESG, de John Carpenter, de David Lynch et de Sylvia Plath, entre autres – diverses pièces du puzzle Île de Garde qui sait très bien garder sa part de mystère. »
Je leur ai donc proposé des questions écrites et leurs réponses méritent votre attention !
Voici les questions et leurs réponses.
Cécile : Claviers
Morgane : batterie
Klara : chant, lyrics
IDG au complet
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Q1 : Après un joli passage à Rock En Seine, comment vous sentez-vous ?
K: satisfaite, en recherche d’un créneau pour un spa. J’ai aussi très faim, je pense que je n’ai pas assez mangé.
M : J’étais prête pour un deuxième set dans la foulée mais Klara m’a donné envie de manger des rouleaux de printemps dans son bain à remous.
K: Ahah. That’s what I do to people.
C : Très heureuse, assez émue, surexcitée de reprendre la tournée. Et actuellement en train de chercher mon maillot de bain.
Q2 : Si on est Born Bad, on finit comment ?
IDG : Ready to Fight
Q3 : Citez-nous des groupes où elles / ils sont 3 et que vous aimez ?
IDG: Alors, avant tout les Huntrix, clairement. Une très grande inspiration pour nous. Suite à quoi Dream Wife, Nirvana of course. Et toujours un énorme crush pour the XX depuis tout ce temps.
Q4 : Le show biz c’est bien cool ou pas très net ?
Morgane: Pour moi, le « show biz », c’est tout l’écosystème de la musique : ses aspects sociaux, logistiques et techniques. Ça vient sûrement de mon métier de régisseuse générale : je vis ce milieu au quotidien, avec une vision d’ensemble et mon job c’est de veiller à l’harmonie entre tous les corps de métier lors d’un événement.
La différence, quand je monte sur scène avec Île de Garde, c’est que je passe de l’autre côté du quatrième mur : je deviens le sujet de toute cette organisation. Là, je dois lâcher prise sur tout ce que je ne peux pas contrôler, parce que ce n’est plus ce qu’on attend de moi. On me demande de me concentrer sur ma batterie et, après, sur l’image publique du groupe.
Je suis un peu moins à l’aise là-dedans, c’est nouveau de changer de casquette alors que je reste dans le même cadre professionnel. Mais être là, entourée de mes gow sûres, de toutes ces femmes badass qui travaillent avec nous et de tous ces gens qui placent la création au centre de leur vie, c’est une chance et un plaisir au quotidien. Je suis curieuse d’en apprendre davantage chaque jour et de faire la part des choses entre mes deux « moi”. Et ça, pour répondre à ta question, c’est bien cool 🙂
Q4 : Chanter-parler aussi en anglais devant des Français, mais pourquoi ?
Klara: J’ai une histoire d’amour avec les langues. Depuis très jeune. Je ne sais pas l’expliquer, c’est quelque chose qui me comble, qui me repose, qui m’excite, c’est un endroit mental très confortable et apaisant pour moi. Je parle-chante aussi en italien et en serbo- croate. Et il y aura sûrement un peu de Russe dans l’album, ahah. J’évite de le faire trop parce qu’encore moins de gens comprennent ces langues que l’anglais. Ça me gêne parfois un peu de me dire que les non anglophones ne comprennent pas tout mais je me console en me disant que sur un simple coup de traducteur, le texte devient accessible pour tout le monde. C’est à la portée de beaucoup beaucoup de gens aujourd’hui de traduire un texte facilement.
Je trouve aussi poétique et profonde l’idée le fait d’essayer de comprendre quelqu’un qui parle une autre langue que celle qu’on parle soi. D’essayer de décoder, de déduire des intonations, du visage de la personne qui parle ce qu’elle est en train d’exprimer même si l’on ne comprend pas les mots en soi.
Je suis aussi très attachée à l’Europe, artistiquement et culturellement, au fait que les européens partagent une histoire longue et riche, tantôt tragique, tantôt épique mais toujours très intense. J’ai vécu un peu dans les Balkans et beaucoup en Belgique, soit des pays où les gens parlent de multiples langues, ça fait partie de leur culture, de leurs histoires en tant que peuples et de la vie quotidienne de tout le monde. Et j’adore ça. Je crois qu’il n’y a qu’en France qu’on est aussi radicalement crispé autour de l’unicité de la langue, où l’on veut autant la garder “pure”, la préserver d’un danger hypothétique de disparition. C’est un peu névrotique en vrai, je pense.
Et ça n’est d’ailleurs pas anodin puisque pour se construire telle qu’elle est aujourd’hui, la langue française a connu beaucoup de réformes : complications volontaires pour la rendre plus difficilement accessible au non-nobles, exclusion du féminin après le moyen âge, éradication des autres langues présentes sur le territoire comme en Bretagne par exemple. Penser la pureté dans la langue, ça n’amène rien de bon, je trouve. Alors j’écris dans la langue qui me vient, peu importe laquelle. Il y a des langues qui correspondent mieux à certaines émotions que d’autres et je pense que les gens ça leur fait du bien aussi de se rappeler que peu importe la langue, d’humain à humain on est capable de se comprendre à l’émotion, au non verbal, au corporel au moins tout aussi bien qu’à l’intellect.
Q5 : Anecdote amusante de concert ?
Cécile : Il y a toujours des moments amusants pendant le set, des gimmicks qui se sont créés au fil du temps, des moments de complicités entre nous trois.
Par exemple sur Fear The Sun, Morgane et moi sommes juste inexplicablement connectées. Sur le même tempo, le ralenti, les transitions, ça n’a jamais été écrit, c’est intuitif. On n’a jamais pu l’expliquer alors on se sourit à chaque fois, à chaque concert. C’est un sourire qui veut dire “meuf, encore une fois le miracle de la connexion a marché”.. C’est typiquement le genre de moment que je trouve très beau et amusant.
Et puis il y a tous ces moments où on se regarde, on se fait des têtes pas possibles, on se marre et après on décode ! « Mais c’était quoi ce signe que tu m’as fait quand t’as tourné la tête sur la partie 2 avec des grands yeux ? » « Que c’était cooool et que je kiffais trop » « ah boooon j’ai cru que j’avais fait un pain moi, ahah ».
Q6 : Anecdote pas amusante de concert ?
Klara: J’ai un souvenir très vif, ahah, d’un concert dans un rade de l’enfer où on jouait dans une cave. Normalement j’adore les caves mais là ça n’a pas été le cas, ahah. La com de la soirée c’était un visuel avec des cadavres d’animaux suspendus à des crochets dans un abattoir. Donc déjà, on n’était pas sûres du plan, ça commençait mal. On arrive. Y a sonne-per. On voit que nos retours sont des petites enceintes d’ordi du début des années 2000.
Finalement, l’heure fatidique du concert arrive: on joue devant le mec qui jouait après nous, la meuf qui organisait et une serveuse du bar qui nous avait prises en pitié (bless her heart).. Dans le fond de la salle (du coup à 3 m de nous environ), il y avait une famille installée sur une table qui mangeait des frites en parlant très fort, manifestement gênés par la musique.
Après ce grand moment scénique (y a même eu un morceau où personne n’a applaudi du tout ahahah), la dame qui organisait nous a apporté de la nourriture. J’ai vu direct que c’était tout ce que je détestais réunis en une seule assiette. J’avais hyper faim. J’ouvre la bouche, enfourne la bouillie et là je sens qu’il y a de la terre dans le plat. Ça crisse sous mes dents. J’ai failli pleurer, j’avais les larmes aux yeux, ahah, c’était trop. Et j’avais tellement faim.
Ensuite, pour clore la soirée en beauté, on a grave galéré à récupérer la thune qui avait été dealée en amont. Je crois d’ailleurs qu’on n’a pas réussi et qu’on s’est dit: “tant pis on se casse, rester là à galérer ça ne vaut pas deux cents balles de plus, partons”. Et, clou du spectacle, on a failli écraser une fouine en rentrant sur les routes de campagnes (avec la voiture qui, de surcroit, avait un problème de volant assez vénère). Heureusement, Cécile – pilote – a réussi à l’éviter. Seul truc cool de cette soirée.
Q7 : Rêvons un peu, succès et » Ile De Garde en première partie de … ??? »
IDG: bah nous si on nous dit de rêver on va vous dire direct Fontaines DC dont on est fans hardcore toutes les trois. Fever Ray, énorme rêve aussi.
Q8 : Meilleures machines pour faire de la musique synth wave ?
Cécile: On peut faire de la synth wave avec n’importe quel synthé, c’est avant tout une histoire de sensibilité musicale et de regard sur le monde. Mais ça mis à part, mon first love c’est mon Yamaha dx27. RIP, je l’aimais tant. Il est mort juste avant un concert à Douai sur l’Urban Boat. Concert mémorable, d’ailleurs. Heureusement pour nous, le groupe avec lequel on jouait, Mossai Mossai – très bon groupe Tourangeot – avait aussi un synthé que Marie, claviériste du band, a eu la gentillesse de nous prêter pour le concert. J’ai finalement acheté ce synthé, d’ailleurs, qui est notre lead actuel, un Modal Argon. Mais en vrai, même si on s’est réjouies de la mort du DX27 parce qu’il pesait un âne mort et qu’on en avait ras le dos et les épaules de le porter par monts et par vaux, j’avoue que son son me manque. Un peu comme la voix d’un premier amour dont on sait bien que ça ne pouvait pas durer mais qu’on cherchera finalement dans les voix de toutes les amours qui suivront.
Q9 : Quelques mots pour les lecteurs de Songazine qui ont intérêt à écouter Rage Blossom en entier ?
Klara: Je pense que les gens qui ont intérêt à écouter Rage Blossom en particulier sont les gens qui ressentent la vie de façon intense. C’est un voyage entre rage, tristesse, et joie irréductible. Les gens qui ont du mal à exprimer leurs émotions aussi, je pense que ça peut être cathartique. Et puis en terme vraiment musical, je pense que les gens venant de plein d’univers musicaux différents peuvent y trouver leur compte parce que le projet est assez hybride, qu’on écrit toutes les trois et qu’on a des influences très différentes originellement. Mais bon, une seule façon de le savoir : prenez vingt minutes de votre vie et écoutez-le !
Q10 : Avec un chandelier, un gun ou un couteau pointu ?
IDG: Alors ça dépend de la cible. Si c’est mademoiselle Rose, Chandelier. Ça ira bien avec son outfit, elle sera stylée jusque dans sa mort. On lui doit bien ça. Si c’est le Colonel Moutarde, Gun, parce qu’avec sa maîtrise des armes, du combat et sa longue expérience militaire, on ne peut pas prendre le risque du combat au corps à corps. Couteau pour le professeur Violet qui, plongé dans son bouquin, ne nous verra pas venir. Ça fait un peu mort à la Jules César un peu, ça lui conviendrait bien.
Le mot de la fin : ces trois-là, méritent votre attention, et elles sont à suivre !
Songazine leur souhaite de réussir, sans galère et avec l’énergie qu’elles portent avec classe.
RDV à la soirée Born Bad du 3 octobre !
Jérôme « I like IDG » V.







