Beasts of Bourbon, Kafe Antzokia, Bilbao, 5/IV/2008. Foto por Dena Flows

Brian Henry Hooper, bassiste des légendaires Beasts Of Bourbon depuis 1990, au moment de la sortie de leur quatrième album ‘’The Low Road’’, a gagné le paradis le 20 avril 2018. Ou peut-être est-ce le paradis qui a gagné Brian Henry Hooper. Nul doute que les anges gardiens et tous ceux qui vivent là-haut ont dû l’accueillir dans la plus grande des bienveillances.

Une nouvelle qui me résonne d’autant plus fortement au coeur que Jeff Hooker, bassiste des Midnight Scavengers, m’avait parlé de la soirée du 13 avril dernier au Prince Bandroom, St Kilda (Victoria, AUS) et montré quelques photos prises lors de la soirée.

Un concert rock destiné à amasser des fonds pour aider Brian et sa famille dans la lutte qu’il menait contre un cancer du rein diagnostiqué l’an dernier.

Une soirée où Brian, tout juste sorti du Peter MacCallum Hospital de Melbourne, en fauteuil roulant et masque à oxygène, avait joué sur scène, comme un ultime cadeau fait à ses fans, amis et musiciens de la fraternelle famille du rock underground de Melbourne et d’ailleurs en Australie et dans le monde entier. Comme un cadeau à l’Univers.

Comme à leur habitude, les frères Geoff et Ben Corbett des Six Ft Hick avaient les premiers insufflé à la sale une énergie incroyable avec leur swamp rock’n’roll, avant que Kim Salmon and The New Scientists, accompagné de Clare Moore à la batterie et de Boris Sujdovic (Beasts Of Bourbon, Scientists), défouraille un set étourdissant en interprétant notamment ‘’Solid Gold Hell’’, ‘’Frantic Romantic’’ et ‘’Atom Bomb Baby’’.

Puis ce fut au tour des Beasts Of Bourbon, swampy à souhait, qui enthousiasmèrent les fans, avec Brian Henry Hooper à la basse.

Cette basse qui fit sa réputation au sein de The Surrealists (groupe fondé par Kim Salmon en 1987, dans lequel Brian jouera jusqu’en 1995), accompagnant également Rowland S. Howard (complice de Nick Cave au sein de The Birthday Party puis du même Nick Cave et de Mick Harvey au sein de The Boys Next Door), Spencer P. Jones au sein des Beasts Of Bourbon dès 1990 et Nick Cave en 1986 sur l’album ‘’Murder Ballads’’.

Après un LP 9 titres au sein de The Voyeurs en 2004 (titre de l’album éponyme), Brian entame une carrière solo en 2005 avec un premier album, ‘’Lemon, Lime & Bitter’’, sorti peu après un accident (chute d’un balcon) qui faillit le priver de l’usage de ses jambes. ‘’Un accident qui, avec le recul, a été bénéfique pour moi, dans ma façon de chanter et de jouer. Je suis maintenant plus concentré sur ma façon de chanter et de jouer, dans l’émotion et dans la connection aux autres’’ dira-t-il.

Deux autres albums suivront : ‘’The Thing About Women (2008)’’ et ‘’Trouble (2010)’’, sur lesquels il chante ses passions et ses démons – amour, haine et douleurs de la vie se côtoient en permanence -, sur de jolies mélodies et ballades mid-tempo. Sa voix, accompagnée d’une simple guitare et d’un piano, n’est pas sans rappeler David Bowie.

Dans une unité fraternelle et emplie d’émotions, fans, amis et musiciens lui ont rendu un dernier hommage le 26 avril en l’église de St. Mary’s East St. Kilda.

Memorial Service Brian Henry Hooper 26th april 2018

Nous retiendrons les mots plein d’humanité et de bienveillance d’une autre bassiste, Katie Dixon (Ripe, Moondriven, Baby 8, Powerline Sneakers) :

‘’Toutes celles et tous ceux qui connaissaient Brian Henry Hooper savent qu’il était un gars bien, unique, respectueux, humble, stimulant, charmant, drôle et magnifique.

Mais ce que j’écris ici sont les mots d’une bassiste. Brian aura redéfini la façon de jouer de la basse, ici et dans le monde entier. J’ai eu la chance un jour de me trouver dans un studio où il enregistrait une partie de basse sur une chanson ; une chanson que je serais d’ailleurs plus tard amené à jouer live. Sa manière de jouer m’a surprise d’une manière que je n’attendais pas. Son sens du rythme et du timing était tout à fait unique. Les notes qu’il sortait étaient à la fois si bizarres et distordues que c’en était brillant.

Brian a inventé une nouvelle façon d’attaquer les cordes, les maltraitant avec une intensité féroce.

Il a fait de la basse un instrument de puissance, de colère, de passion et de technique.

Son jeu, tout à la fois en puissance et en légèreté, comme un coup de poing dans le visage qui serait doucement venu vous caresser dans l’instant, a fait évoluer notre vision de ce qu’une basse pouvait sortir.

Par son jeu empreint de passion et de précision, il a inspiré les bassistes dans le sens où il nous a fait prendre conscience que notre instrument à quatre cordes pouvait être une arme de destruction.

Sur scène, sa masculinité était effrayante et intense, mais il nous a tous – femmes et hommes – invités en elle. Elle nous a enveloppés plutôt que de nous faire sentir en dehors d’elle. C’était un malaise chaleureux (warm discomfort dans le texte).

Son sens de l’espace était spectaculaire. Sa main droite était à tout moment capable de sortir une note distordue, avec une telle confiance que la basse non seulement pouvait rivaliser avec les sons de guitares et les voix distordues mais les annihiler purement et simplement, au moment où il l’avait choisi.

Mais jamais il ne faisait ce choix car il était au cœur du groupe. Plutôt que de dominer les autres instruments, il recherchait ce son plus intense de sorte que tout le monde devait se hisser à ce plus haut niveau de précision technique, de puissance, de dédain et d’arrogance.

Utilisant sa main droite pour battre les cordes, il ricanait alors avec un clin d’œil et un sourire effronté.

Sa personnalité transparaissait littéralement à travers son jeu. Est-ce pour cela que les bassistes pensaient le connaître si bien alors qu’ils ne l’avaient jamais rencontré ?

Il jouait de la basse habilement, de manière effrayante et avec goût, qui nous a tous inspirée et que l’on essaie nous-mêmes de jouer à l’identique.

Mais personne ne peut jouer comme Brian. Jamais personne ne le pourra. Il a changé notre vision du jeu, de ce qu’une basse peut sortir, et a encouragé chacun de nous à explorer notre propre manière de ‘’prendre une chanson par les couilles et les visser si fermement qu’elles ressortent avec des bleus (sic)’’.

Jouer comme si nous avions des grenades dans les mains à la place des médiators.

Un jour en studio, je l’ai regardé jouer en utilisant une boîte métallique pour modifier le son (ne m’en demandez pas plus)… J’ai essayé à mon tour pendant environ 3 secondes de reproduire la même chose. Je n’y suis jamais arrivé. Mais merci de nous avoir inspiré et tous pousser à essayer.

Brian était une véritable icône et un modèle pour tous les bassistes dans le monde.

Pour tout cela, et pour être mon préféré tous les temps bassiste, et pour m’avoir considéré dignement, bien que tu ne savais rien de moi, je tenais sincèrement à te dire merci, au nom des bassistes du monde entier, qu’ils connaissent ou non ton influence.

Ta présence sera éternelle, de tous les instants. Nous ne l’oublierons jamais. C’est un héritage parfait, violent et durable, comme son style. Jamais plus il n’y aura de joueur comme toi’’.

RIP Brian Henry Hooper.

 

Alechinsky.

 

Playlist (station de radio CanalB – Blueshit) :

Brian Henry Hooper ‘’Oh Brother’’

Brian Henry Hooper ‘’Again and Again’’

Brian Henry Hooper ‘’Wasting Away’’

The Voyeurs ‘’I’m A Voyeur’’

Roland S. Howard ‘’Exit Everything’’

The Beasts Of Bourbon ‘’The Low Road’’

Spencer P. Jones ‘’Execution Day’’

The Beasts Of Bourbon ‘’Chase The Dragon’’

The Beasts Of Bourbon ‘’Saturated’’

Kim Salmon & The Surrealists ‘’Gravity’’

Kim Salmon & The Surrealists ‘’Redemption For Sale’’

Penny Ikinger ‘’Andalucian Man’’

Brian Henry Hooper ‘’Stronger’’

Spencer P. Jones ‘’Slamming on The Brake’’

 

 

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