gisele-pape-acp-2016-10-17-ok

Noir salle.

Des petits fils s’allument. Ce sont des traits. Il y a la faille comme je l’appelle, car elle me rappelle les failles dessinées en cours de géographie en 4e. Et puis les deux traits lumineux qui tombent du ciel et s’arrêtent avant terre, suspendus entre deux obscurités. Le plancher craque à chacun de mes mouvements. J’ai l’impression d’être sur un bateau.
Ou bien sur une piste de danse en terre, à la fin d’un bal. Nuit. Un mélange de la Fête triste de Trisomie 21 et du Petit Bal perdu de Bourvil. Des voix en anglais, blueyellowgreen. Les lumières dansent avec moi.
Et puis je chante Encore, ma chanson vaudou. Qui aurait pu s’appeler Graine. Ou Songe. Ou Caillou. Celle qui resterait s’il n’y en avait qu’une.
Un western prend sa suite. J’imagine un désert blanc, un souffle chaud et un oiseau qui plane. Le duel se passe entre moi et les notes de guitare finales. Je gagne.
Vient Rainette, que je pourrais accompagner pendant des heures. Elle raconte le silence dans la nature tandis que je construis une nappe répétitive et tendue. Je ne veux pas écrire ce moment, je préfère l’improviser pour ne jamais savoir comment il sera.
Je suis toujours sur mon bateau et je demande au public s’il entend comme moi les grincements de la scène. Je suis le commandant d’un vaisseau parti à l’aventure des rois déchus et des poissons en cavale. L’écoute est très forte et je suis bien.

Moissonner. Je respire, prends un temps avant d’attaquer et fais durer l’introduction, car je sais que lorsque ça va partir je ne pourrai plus lâcher le fil. J’ai peur un court instant, mais je plonge dans la chanson. C’est celle qui monte le plus haut. Elle me demande un effort pour la voix et j’aime bien.
La fin du concert approche. Je ferais bien Moissonner une seconde fois. Dans une autre version. Au piano par exemple. Je joue de nouvelles chansons, Roi, et puis Vox ou Soleil Blanc, je n’ai pas encore décidé du titre.
Et c’est déjà l’a capella final. J’adore ce moment où le silence et l’écoute sont encore plus forts. J’ai l’impression que si je m’arrête de chanter, sans bouger, plus rien ne se passera jusqu’à ce que je reprenne mon souffle.
On me rappelle. Enfin, pas vraiment, parce que je ne suis pas sortie de scène. J’ai envie de continuer à jouer. Je me lance dans une chanson inachevée, je sors des bouts de papiers avec des bribes de paroles. Et puis je clos le concert par Lisandre, une chanson du 19e siècle. Les fils lumineux s’éteignent.

Je suis bien.

Noir scène.

Gisèle Pape, Octobre 2016.

— Gisèle Pape et sa chambre à musique —
Share