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Tout avait pété, partout. Depuis longtemps.

Le courant revenait de temps à autre, et il observait l’unique ampoule nue qui éclairait la cuisine dans laquelle il survivait depuis quelques semaines. Autant dire que le reste de l’appartement était inhabitable, ne serait-ce qu’à cause des béances et des trous d’obus. Et ne jamais se montrer à une fenêtre : commandement numéro un d’urban survival.

Couverte de poussière, accrochée au bout d’un fil tordu. Cette ampoule qui s’allumait, s’éteignait à toute heure du jour pâle ou de la nuit dangereuse.

Parfois, les explosions illuminaient sa petite cuisine, à travers les persiennes fermées, un festival de flashes et de sons sourds. Il s’attendait à voir son réduit tomber en miettes ou se volatiliser sous ses yeux. Il est vrai que son immeuble n’était qu’à trois blocs d’une poche de résistance rebelle (ou supposée telle).

Dehors, la grande crue de printemps avait noyé les rues. Les patrouilles russo-kurdes ne faisaient pas dans le détail : le couvre-feu c’était 21 heures par jour et ils tiraient à vue et au lance-flammes. La rébellion prétendait exister par quelques escarmouches, mais chacun se doutait bien que le conflit était joué pour de bon.

Il se souvenait des jours d’avant et de sa passion pour la musique : il collectionnait des sons durs, apocalyptiques, forts en gueule et en ambiances sombres. Des noms comme Nine Inch Nails, ou The Prodigy lui revenaient. Cabaret Voltaire et Rammstein, cela aussi il aimait écouter. Certains artistes avaient le don pour dépeindre et créer des atmosphères tendues et oppressantes. Tiens ! L’album Flood d’un groupe français, Strugg, il l’avait écouté plusieurs fois et oui, cela donnait cette couleur noire, mate, à ses humeurs. Un temps heureux finalement, ricana-t-il en ouvrant son avant-dernière boîte de sardines aux olives, buvant de l’eau trouble dans une demi-bouteille en plastique.

Aujourd’hui, il avait comme quotidien le film sans fin ni générique dont ces musiques prédisaient la venue : la guerre et le chaos au quotidien. En tant de paix, on aime se donner des frissons. Il sourit faiblement, en se disant que la vérité dépassait amplement la fiction.

C’est à ce moment précis qu’il entendit frapper à la porte.

Jérôme « blurred vision » V.

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