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Noir Désir – Post-Mortem par Léonel Houssam

(Camion Blanc)

Voici une énième biographie de l’un des 5 (indiscutablement) plus grands groupes français sur scène et sur disque de tous les temps, Noir Désir. Cette nouvelle parution de Camion Blanc se distingue par son choix de donner une large part au côté post-mortem du quatuor bordelais, avec des chapitres bien distincts consacrés à chaque ex-membre de la bande. On remarquera surtout que le livre de Léonel Houssam s’attèle à réparer l’injustice et le mépris de la presse envers l’extraordinaire guitariste Serge Teyssot-Gay, qui allie encore aujourd’hui grâce, finesse et intensité, tantôt rentrée tantôt explosive et bondissante.

Comme déjà dit plus haut, Léonel tient également à ne pas oublier les autres membres de Noir Désir afin de démontrer que cette moitié du groupe n’était pas un binôme de seconds couteaux. C’est sans doute une erreur de penser cela, peut-être même injuste, mais finalement rien dans ce livre ne permet de réellement changer d’avis ; les passages accordés à Denis Barthe ou Jean-Paul Roy (ou Frédéric Vidalenc) étant peu passionnants. On préfèrera les témoignages de Pascal Humbert (Tanit, Passion Fodder, 16HP, Wovenhand, Detroi), Théo Hakola (fondateur d’Orchestre Rouge puis Passion Fodder qui produisit le tout premier Noir Dèz), qui fait un portrait sans concessions, bien que digressif, de David Eugene Edwards (16HP, Wovenhand) ou les portraits de Nadine Trintignant et autres personnages-clé de l’histoire des rockers tumultueux Bordelais.

Houssam n’oublie pas d’intégrer ses souvenirs personnels de Noir Désir, ce qui personnalise un peu l’ouvrage.

Enfin, il évoque et décrit tous les groupes choisis à l’époque par Noir Dèz pour faire les premières parties de concerts et mentionne tous les artistes avec qui Bertrand et les autres ont pu collaborer, de Bashung à Brigitte Fontaine.

Et surtout, l’auteur n’hésite pas à revenir sur la vindicte moraliste qui a fait rage suite au retour sur scène de Bertrand Cantat. Il se positionne en réaffirmant haut et fort qu’il n’existe en France « pas de loi qui interdise à un citoyen ayant purgé sa peine de s’exprimer ». La violence intérieure de Cantat, « la bête malade qui croupit dans ses entrailles », est mise en évidence tout au long du livre, tout autant qu’elle l’était en live quand l’homme passait d’un « calme sombre à une transe furieuse » sur scène. Léonel égratigne aussi l’image de rebelle engagé et militant de Cantat en soulignant ses contradictions. Tout cela est très bien écrit et passionnera tous les amateurs de feu-Noir Désir.

On regrettera tout de même que Léonel se laisse parfois aller à la facilité dérangeante, notamment quand il décrit Tostaky avec ces mots : « un album qui puait les salves de coup de poing nus et la force brutale », ouch ! Etait-ce vraiment nécessaire ?

 

Yannick Blay

post mortem

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