cargo Azov sea

Il quittait Rostov sur le Don pour toujours. C’était décidé.

A l’avant de l’Azov Sea Warrior, cargo rouillé mais discret, un jour de brouillard et de pluie. L’équipage ne posait pas de questions.

A l’avant du cargo, on est tranquille, on peut réfléchir.

Son lecteur mp3 ne contenait plus que des titres de Motorama, de New Order avant 2006, d’Eyeless in Gaza et de Fad Gadget. Le reste ? Effacé, Parce qu’il n’était pas d’humeur à faire des concessions. Plus besoin, plus jamais.

Et son vieux pote l’avait suivi, lui qui ne parlait pas russe mais anglais, et n’arrêtait pas de le relancer, dès qu’ils se retrouvaient dans la cambuse. Boire du café tiède et de la bière à la même température, discuter de ce qui avait merdé, refaire des hypothèses, tout cela entre roulis et tangage. Ils dialoguaient dans un mélange de britiche et  de popov, se comprenant à mi-mot.

Hard times, no ? Tell me, show me a sign lui disait-il. Do you think, we’ll make it in the end ? Our songs, elles vont plaire à quelqu’un, oui ou merde ?

It’s more about loneliness lui répondait-il. Look above the clouds, tu auras des réponses ajoutait-il, quand à l’aube ils se retrouvaient au poste de pilotage. A l’heure du déjeuner, il fallait attendre que les dockers déchargent la cargaison.

I see you smile, était leur code pour commencer un fou-rire. Et puis, imagine qu’on tombe dans la flotte, ici, c’est deep, non ? Et tu crois que si on sautait tous les deux par-dessus bord, le capitaine gueulerait un truc du genre : someone is missed ? Et ils se marraient, oubliant Rostov et cette histoire de fric. Et à part the bright reflection d’un pâle soleil sur cette mer grise, que peut-on voir ici ?

Ecoute, moi, je reste by your side, on attend de passer le détroit de Kertch et à l’escale de Sébastopol, on se tire de ce rafiot, oui, ou shit ?

Jérôme « not for sale » V.

Motorama

Album Dialogues (Talitres)

Sortie le 21/10/2016, 10 titres

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