Audrey Henry

(photo Vincent Alvarez)

Elle se retourna et regarda ses musiciens.

Ils étaient là, tendus, prêts à commencer le concert. Son fidèle bassiste, le nouveau batteur, les guitaristes, la section de cuivres et les trois claviers. Derrière eux, l’orchestre symphonique avec qui ils avaient répété pour ces dates à la Philarmonie, figé et attentif.

Devant elle, le public retenait son souffle : Henry en concert, pour la première fois depuis 3 ans, depuis la sortie du triple live « All Models, revisited », le premier juin 2041. Disque de platine dans six pays, des téléchargements par millions, les musiques de publicité de onze grandes marques (elle ne savait plus lesquelles mais son manager suivait cela de près).

Audrey ferma les yeux cinq secondes, leva lentement le bras droit, l’abaissa et l’orchestre attaqua l’intro du premier morceau. Elle devait commencer à chanter environ deux minutes et quinze secondes après et elle se mit à repenser à cette carrière, belle carrière. Malgré l’époque, malgré l’Histoire…

Loin était le temps de son Noka Paradise… « Noka » étant son surnom dans les années ’10 et son petit « Paradise », le petit studio de 15 mètres carrés de la rue de Paradis, à Paris. Elle y avait tant travaillé, composé, écrit et vécu de moments forts, bien avant que la gloire et le succès n’arrivent ; c’était l’album de 2022 qui l’avait propulsée sur le devant de la scène, voire tout en haut, et elle n’en était jamais redescendue ;

15 mètres carrés ? Peut-être la moitié de l’entrée de sa maison à Coral Key, ou un centième du jardin du Cap Ferret ? Mais qu’importe, elle n’avait pas à regretter ce qu’elle avait gagné, par la seule force de son art et de son talent.

Car oui, être nuit et jour auteur.e, compositrice et interprète, cela n’avait pas changé depuis toutes ses années, tout comme cette foi dans la musique et l’envie de vivre pour le plaisir de se retrouver face à un public qui vibre.

Les gens avaient bien besoin de chansons, de réconfort, surtout après cette guerre qui n’avait que trop duré. Les murs de la Philarmonie en portaient encore les cicatrices, les travaux ne dissimulaient pas tout.

Elle allait attaquer, et jeta un œil à droite : backstage, Jeanne A. lui envoya un baiser en soufflant sur sa main.

Le concert serait beau, le concert serait fort. Il ne pouvait en être autrement.

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Henry, EP. « Noka Paradise »

Audrey Henry fera partie des musiciens de tournée de Jeanne Added cet eté (on la verra notamment à Rock en Seine)

Jérôme « dystopic » V.

Noka Paradise - Henry

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