Shorebilly

C’était un jour d’été trop chaud et il était dans le TGV. Paris, moiteur, sueur, stress.

Pourquoi le wagon est toujours plein, même un jour de semaine ? Pourquoi ces gens ont-ils tant de valises ? Pourquoi sont-ils moches ?

Bien sûr, à deux rangées, il y avait un gosse mal élevé qui braillait, avec une mère en legging et incapable de le calmer. Des claques, moi je vous le dis !

Bien sûr, pas loin il y avait un type au crâne rasé qui parlait trop fort avec son pote, un monologue plein de fautes d’orthographe, où il était question d’un appartement et d’un bail… non mais connard, on s’en fout de ta vie minable. Et ton pote, tu as remarqué que cela le fait suer aussi ? Noooon.

Bien sûr, le train était retardé en raison de travaux quelque part. C’est 12 mois sur 12 les travaux, sans compter les incidents de plus en plus fréquents et le prix des billets avec une inflation annuelle digne de l’Argentine ou du Nigéria.

Bien sûr, bien sûr, grrrrrr…

Bien sûr, il avait pris son lecteur mp3 et l’avait chargé à bloc avant de claquer la porte. Oublier ses clefs, peut-être, son mp3 : jamais.

Il écouta l’un des 29 albums qu’il avait sur sa « to do list ».

Shorebilly ? EP 6 titres : Wipeout ! Bon, allez, j’écoute ce truc se dit-il.

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Le casque sur les oreilles, le volume un peu fort.

Adieu sale gosse, adieu bavard, adieu travaux.

Juste ce qu’il lui fallait. Une musique pop à la fois électronique et douce. Dès l’intro de Drifting Toward the Unknown, il se sentit détendu, l’esprit ouvert et relaxé. Je vous emmerde pensa-t-il à l’adresse de l’ensemble des autres passagers et du planning des travaux de la SNCF depuis 1912 et jusqu’en 2026. Le TGV s’ébranla avec dix minutes de retard mais qu’importe.

Une belle voix de tête, élégante et enveloppante lui chanta 6 morceaux très cinématographiques. Il jeta un œil au dossier de presse qu’il avait imprimé : tout cela est l’œuvre d’un seul musicien Rémi Alexandre, admirateur de François de Roubaix et des Beach Boys. Belles références et influences.  Le morceau intitulé Codeine lui plut beaucoup, et il se sentit bercé par le train, sombrant dans une semi-torpeur. No Grudges ? Oui, très réussi aussi : cuivres, beeps, harmonies. Merci, merci pour la musique.

shorebilly

Il aperçut comme dans un film au ralenti et sans le son, mais avec Shorebilly le gratifiant toujours de ses jolies chansons, le gosse braillard qui courait dans le couloir et comme un lemming sans cerveau depuis vingt bonnes minutes tomber et se faire mal, se mettre à hurler et l’altercation qui suivit entre la mère mal coiffée et un vieux bonhomme qui mangeait son sandwich au jambon entouré de papier aluminium. Ça criait fort dans le wagon 12.

Il s’s’enfonça encore plus dans son siège.

Appuya sur Play, again, mit le volume un poil plus fort, sourit et il écouta encore les 6 titres de Wipeout ! avec une joie perverse et cannibale.

Le sable d’Arcachon serait sous ses pieds dans quatre heures et dix-sept minutes…

Jérôme « we care about you » V.

 

 

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