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S’il est un instrument mettant un peu plus en avant que les autres, c’est bien le corps de la voix. Même si elle est désaccordée vocalement. Parfois, le silence est d’oreille.

Le chant c’est l’envie

Narcissa Florence Foster (1868-1944) est née en juillet 1868 en Pennsylvanie au sein d’une famille très aisée. Prodige au piano, elle joua un récital à la Maison Blanche à l’âge de 8 ans ! Doté d’un très fort caractère, et après un refus de son père de la laisser partir en Europe, elle s’enfuit à 18 ans pour Philadelphie et se marie avec un médecin qui lui apportera malheur, frustration en l’empêchant de chanter et maladie. Devenue enseignante et pianiste, elle se met au chant après une blessure au bras. Dès lors convaincue d’avoir une sublime voix, elle met tout en œuvre pour devenir cantatrice d’opéra, son rêve. Florence Foster Jenkins part alors vivre à New York pour rejoindre les cercles culturels et musicaux les plus en vogue. Elle prend des cours de chant afin de commencer les récitals dès 1912, à l’âge de 44 ans. elle réalise qu’elle souffre de surdité dû à un traitement au mercure contre la syphilis qui a atteint son nerf auditif (cause d’une mésentente avec son instrument de corps ? Peut-être). Sourde en partie à cause de son mari, elle divorce et rencontre son futur concubin et imprésario, St. Clair Bayfield de 7 ans son cadet qui mettra un point d’honneur à ce qu’elle n’apprenne pas la vérité sur son chant.

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Héritière de fortune, et fréquentant les milieux musicaux New Yorkais elle fonde son propre club, Le Verdi dans les années 1900. Mondaine richissime, elle peut se consacrer à sa passion pour la musique chantée. Elle invite, régale et fait le show avec son pianiste de récital allant de Mozart à Brahms en passant par une voix pour le moins inédite, puisque dite inaudible. Personne n’ose lui dire qu’elle ne chante pas bien. Sauf la critique et encore ! Avec le temps elle devient un phénomène de gloire connue pour ses fausses notes, son non-sens du rythme et sa mauvaise prononciation des textes en langues étrangères. De plus elle n’a aucun souffle. Mais, elle sait se mettre en scène le plus souvent au Ritz-Carlton mais aussi lors de galas de charité dans des tenues extravagantes, instantanément prises par les photographes les plus en vue de cette Belle Epoque américaine. Elle crée ses propres costumes dont cette paire d’ailes devenue iconique et centrale sur une affiche au cinéma.

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Heureuse de vivre la passion de son rêve, elle ne prête aucune attention aux éventuelles critiques, qu’elle attribue à la jalousie tant la réception de son art vocal attire des foules. Il est de bon ton d’aller voir la dite soprano coloratura (son type de voix identifié en musique lyrique) sur scène, et de se moquer d’elle par la suite en coulisses. L’argent en héritage à la mort de sa mère lui permet d’enregistrer son premier disque très rapidement dans la mesure où une seule prise est nécessaire pour qu’elle en soit satisfaite. Mais réussie est un bien grand mot comme son pianiste qui tente de la guider joue La Flûte Enchantée sous forme de marche militaire, qu’elle n’atteint pas le contre-fa de La Reine de La Nuit, et que ses paroles chantées restent incompréhensibles dans l’interprétation de petits cris très aigus.

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Elle chante des grands airs d’opéra et aussi des compositions qu’elle et ses pianistes ont écrit. Son amour de la musique triomphe au prestigieux Carnegie Hall en 1944 qu’elle loue à l’âge de 76 ans pour son dernier concert à guichet fermé cédant à la demande de son public. Ultime raillerie, la critique du New York Post publie : « elle peut tout chanter, sauf les notes ».

Elle décédera d’une crise cardiaque peu de temps après, partant en n’étant peut-être pas si inconsciente du vrai ressenti général puisqu’elle répéta : « Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n’ai pas chanté ».Le succès de Florence Foster Jenkins reste un cas unique dans l’histoire de la musique, de la scène et du chant aussi lyrique puisse t’il être, n’étant dû ni à son talent ni à un don vocal. Raillée, elle fait fit envers et contre tout pour se diriger vers la postérité…..pas si raté si on en croît cette renommée presque légendaire laissée derrière elle, la réalité d’un rêve devenu possibilité. En tant que personne, Florence Foster Jenkins serait le modèle du personnage de Susan Alexander dans le Citizen Kane d’Orson Welles et sur le plan international, elle aurait également inspiré à Hergé le personnage de Bianca Castafiore, l’extravagante diva à la voix discordante dans les BD de Tintin.

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L’énergie et le plaisir que Florence Foster Jenkins insufflait à son chant valent bien des regards. En 2016, Stephen Frears a tourné à Hollywood le biopic éponyme Florence Foster Jenkins retraçant la vraie vie de cette moquée du tout New York des mondanités du début du 20ème siècle jouée par Meryl Streep :

Sa vie chantante de diva a également été librement tranposée à l’écran en France, à Paris par Xavier Giannoli et incarnée par Catherine Frot un an plus tôt en 2015 dans Marguerite :

Dans les deux adaptations cinématographiques, on trouve cette même tentative de cacher une absence totale de maîtrise du chant par des proches rythmant l’histoire de cet enjeu. Le comique et le dramatique ont la part belle dans les deux films, tant les deux actrices font montre du quasi même degré d’obstination même si Meryl Streep exploite plus l’innocence et un début de sénilité chez le personnage central que Catherine Frot. Là où l’actrice française a remporté le césar de la meilleure actrice pour l’année 2015, l’américaine a gagné l’oscar dans la même catégorie pour 2016.

La musique, c’est la vie et vous feriez bien en regardant un de ces films cet été 2018 si ce n’est pas déjà fait !!

(c) Getty images

Vanessa MdbS

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