Bela-Lugosi

Le label Anywave c’est du brutal, comme on dit dans les Tontons Flingueurs. Non pas qu’il s’agisse de punk hardcore ou de death metal, mais plus précisément de musiques cold, sombres, brumeuses, dérangées, étranges et glacées. Genre very cold wave, garanti 5 * comme un congélateur de restaurant lapon. Pas d’eau tiède dans cette écurie, c’est froid et pis c’est tout.

Dissection de leur dernière livraison, la compilation Wavecore 5.

Songazine vous a déjà parlé de Fléau ou de Sphyxion, et on aime (bien) aussi Heather Celeste H. On ne se refait pas, because tout petit on chantait déjà Bela Lugosi’s Dead avec un sourire à peine esquissé sur des lèvres fines et serrées.

Ah, ici ce n’est pas du fastoche, du prêt à l’emploi ou de la muzak pour midinettes, voire des trucs à mettre sur la platine pour emballer. Ou plutôt oui mais emballer un mort dans un linceul, voire un cadavre encombrant dans un film plastique.

Mais bon, nous on aime ça mucho mucho le réfrigéré, l’atonal, le monochrome à reflets sombres et le bizarre. Le genre de morceaux souvent joués par des types tout pâles qui vivent sous terre éclairés faiblement  à coups de néons clignotants, voire dans une salle à peine illuminée par des diodes de leur Korg/ Juno 106/ TR XXX vintage de chez Roland. Faut pas déconner : on ne va quand même pas se régaler devant M6 ou W9 avec des blackettes siliconées qui se trémoussent du popotin en string où la vedette braille en autotune un refrain de quatre mots comprenant « hot » ou « pussy » … Attention pas de méprise ! Les blacks, nous on les aime parce qu’on est cool et humanistes… mais le minimum look c’est : I put a spell on you. Michael Jackson nous intéresse peut-être, mais seulement post mortem et en zombie revenant.

Cette compilation Wavecore 5 est parfaite pour aller se balader un soir sans lune dans un cimetière, avec une copine goth au bord de la rupture, un pote vampire et une bande de gens qui ont une garde-robe noire avec des chemises noires et des pupilles bien dilatées dans la même gamme de tons.

C’est concrètement réjouissant d’écouter autant d’accords mineurs, de voix désincarnées, de nappes désespérées, de breakbeats mortels et de rafales de séquenceurs agonisantes.

Moi j’adore, et ça tombe bien : il fait moche depuis mars sans discontinuer, on est gouvernés par des enclumes et les nazes braillent tous en chœur pour un ballon rond fluo, poursuivi par des garçons coiffeurs au QI faible mais aux revenus énormes. En plus, il y a le tour Défonce qui commence, ça va être pénible sur toutes les ondes, alors on met son casque, on relit Bret Easton Ellis, Bram Stoker et Mary Shelley, on garde sa peau blanche à l’abri du soleil et on écoute en boucle Wavecore 5.

Brillamment sinistre, agréablement déprimante, tristement attachante : tout ce qu’il faut pour échapper à la joie, à la gaieté ou à toute bonne humeur, d’un vulgaire à retourner dans sa crypte en claquant la porte !

Jérôme « Charlotte Sometimes and 4ever » V.

wavecore 5 compilation

Tracklist :

1.Sphyxion – Sphyxion 12

2.Die Ufer – Airport DNA

3.Imavizion Direq – Mold

4.Our Fortress – Glossy Hating (feat Summer Satana)

5.Spatial Relation – Mental Radio

6.Froe Char – To Feed an Infection

7.Bring Her – Carve The Hour

8.EDH – Cars

9.Atariame – Best Travel Tours, Vacations & Travel Packages

10.†zxz† – Charlotte Sometimes

11.Den Nya Borgen – Morgonen Flyr

12.mnttab – Prime Mover

13.Les Hôpitaux – Bite Goes Home

14.Volcan – Bétharram

15.Puce Moment – Panesz

16.Fléau – Tu Vivras dans les Ruines

 

 

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