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Ben vit dans la forêt avec ses six enfants, le plus loin possible de ses contemporains, dans une bulle de survivalisme érudit que n’aurait pas reniée Henry David Thoreau. Le suicide de son épouse et les projets d’obsèques formés par ses beaux-parents, en contradiction totale avec les convictions de sa femme, vont obliger la famille à sortir du bois.

Ce qui aurait pu être le prétexte à une aimable et tendre comédie de mœurs exploitant le comique de situation entre une Amérique inculte et artificialisée et une tribu de marginaux aussi débrouillards que cultivés se révèle un film profond posant la question qui hante la philosophie depuis sa naissance : jusqu’où est-il sage de fuir la folie du monde ? Captain Fantastic ne se hasarde pas à donner de réponse ni condamner un mode de vie. Il se contente de montrer les paradoxes : la violence lisse et civilisée d’un grand-père qui n’hésite pas à utiliser la dénonciation calomnieuse pour obtenir la garde des enfants comme la brutalité autocratique d’un père pourtant aimant qui s’est transformé en tyran aux exigences démesurées. La subtilité des interrogations multiples et la justesse de jeu des acteurs, des grands-parents aux enfants, maintiennent en état de grâce jusqu’à la dernière scène, qui a l’intelligence d’éviter le triple piège du happy end, de la séquence émotion et de la leçon de morale pour clore ce film terriblement peu américain quoique s’alimentant constamment à la source des mythes fondateurs du pays des pionniers.

Henriette de Saint-Fiel

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