Indoor Life

Quand la musique et plus particulièrement le rock était un moyen de s’émanciper, de s’ouvrir sur le monde extérieur, les créations et les frasques de nos idoles nous transportaient, nous questionnaient et quelque part traçaient les lignes de nos avenirs.

Aujourd’hui comme des madeleines de Proust, 30, 40 ans plus tard, des resucées de biographies et de biopics fleurissent nous rappelant irrésistiblement des souvenirs de jeunesse romantisés. Il en est des plus ou moins « marketés » et d’autres qui ressortent des placards comme celle de Patrick Cowley. Petit génie de la création musicale disco gay des années 70, bricoleur de sons et de rythmes, il fut un avant-gardiste mort prématurément et n’hésita pas à faire le grand écart en produisant « Indoor Life » un groupe « arty punky » trop méconnu dont la production se résume à un album à considérer comme culte.

A l’instar d’un groupe comme Wire, en Angleterre, qui explorait les lignes mélodiques et dissonantes et pavait la voie du post punk avec des albums essentiels (Chairs Missing et 154), Indoor Life à l’autre bout du continent Américain mélangeait boite à rythme, phrasé chamanique et cor de chasse pour nous faire entrer en transe.

Composé de 4 Californiens voisins de la tribu Residents, Snakefinger et Tuxedo moon : JA Deane au trombone, synthé et bidouillage, Bob Hoffnar à la basse, Sabella à la batterie et Jorge Socarras au chant. Patrick Cowley assurait synthé, arrangements et production.

4 titres sortis en 1980, distribué par Celluloid, label Franco-Américain qui fut un pont entre les musiques alternatives entre rives de l’Atlantique, illuminent cette galette.

Quelle surprise, quel déphasage d’entendre cor de chasse et trombone constituer les éléments fondamentaux constitutifs des volutes mélodiques.

Qui aurait pu imaginer que des instruments aussi traditionnels pourraient atteindre une dimension Rock avec une musique aussi décalée, répétitive et animale. La ligne de basse groovy, les synthés, la boite à rythmes complètent une élaboration puissamment primitive portée par la voix prêtresse de Jorge Socarras.

Le morceau « Woodoo » remplit la face A, invitation au lâcher prise, les mélopées incantatoires conduisent notre voyage en transe.

Sur la face B, « Archeology » résonne comme un hymne d’élévation où nos héros creusent au plus profond, comme le nom du groupe l’indique, pour trouver… une raison d’être.

Plus mélancolique, « Madison Ave » nous rappelle qu’avec leurs voisins de Tuxedo Moon, distribués d’ailleurs par le même label, ils étaient fascinés par une Europe peut-être plus à même d’accepter leurs explorations musicales.

En 1980, Celluloid organisa une tournée en France avec Tuxedo Moon, Snakefinger et Indoor life, tous de San Francisco et signés sur le label. En réécoutant le disque maintenant, je suis frappé par sa relative intemporalité et je suppose qu’il représente un aperçu de l’ambiance de San Francisco de l’époque. »

Je n’ai, malheureusement jamais pu les voir sur scène même quand ils entreprirent, en 1981, une tournée qui fut le 1er fait d’armes d’un groupe Français en devenir…Les Rita Mitsouko.

Marc Cuberte

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