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Cet article est le numéro 5 sur 5 du dossier Route du Rock 2019

Alors que le mercure plafonne et que le soleil est au zénith, l’été semble enfin avoir pris ses quartiers annonçant avec lui la pleine saison des festivals. Parmi eux il en est un particulièrement cher à notre cœur, La Route du Rock, dont la 29e édition aura lieu du 14 au 17 août à Saint-Malo, et dont on sait d’avance qu’elle sera fidèle à l’état d’esprit qui caractérise le festival : indépendant, audacieux et passionné.

On ne s’étonnera donc pas que les organisateurs de la Route du Rock aient conservé les ingrédients d’une recette qui marche depuis tant d’années – pour notre plus grand bonheur.

Des têtes d’affiche figures de proue (le rock psyché de Tame Impala, Metronomy et ses déflagrations électro-pop, le folk métissé de Beirut, la noisy pop des emblématiques Stereolab, sans oublier les rythmes euphoriques de Hot Chip) donneront le cap. Météo marine oblige, nous traverserons immanquablement des orages rock (le punk rock excitant d’Idles, le rock californien élégant de The Growlers, Pond et ses accents psychés, Fontaines D.C. et son rock nerveux, les frénésies convulsives de Crack Cloud), nous essuierons des déferlantes électro (la techno sombre et puissante de Silent Servant, Oktober Lieber et sa dark wave envoutante, la pionnière Paula Temple, l’onirique Lena Willikens) dont nous sortirons rincés mais ravis et prêts à aborder des plages de magie électronique (Jon Hopkins, David August).

On se laissera volontiers porter par l’écume des vagues iodées (Deerhunter et son rock expérimental, le groupe psychédélico-oriental Altin Gün, l’univers poignant de Foxwarren, celui non moins nostalgique et brillant de White Fence, Hand Habits et son folk captivant), découvrant au passage ce que l’horizon rock dessine de plus prometteur (le rock radical de Black Midi, le rock’n’roll contagieux de Pottery et le post-punk tendu de Crows). Tout cela au Fort de Saint Père.

A quelques encablures seulement, sur la Plage Arte Concert, les flibustiers restés au port se régaleront des mélodies planantes du groupe Anemone, qui tutoieront les compositions intimes de Laure Briard et l’univers rêveur du groupe Le SuperHomard.

Avant-goût avec la soirée d’ouverture « 100 % américaine » à La Nouvelle Vague avec Sharon Van Etten, Big Thief et Anna St. Louis.

Pour faire court, pour les curieux, pour les connaisseurs, pour les amoureux, les passionnés, les découvreurs, les voyageurs, les rêveurs, les agités… il y en aura pour tous, cette année encore à La Route du Rock.

Alors venez prendre le (grand) large à Saint-Malo du 14 au 17 juin !

En prime, on vous offre l’interview de François Floret et Alban Coutoux, directeur et programmateur, qui dévoile les coulisses de ce festival mythique. Enjoy !

Songazine : Voilà la 29ème édition… qu’est ce qui d’après vous fait l’identité de la Route du Rock aujourd’hui ?

François Floret : On reste très fidèles à nos idéaux, ça fait un peu « Don Quichotte » mais on préfère conserver cette naïveté, ce qui nous anime avant tout et depuis le début, c’est l’aspect artistique. Quand nous avons créé le festival avec des copains, l’idée était d’avoir la liberté de pouvoir programmer des choses qui ne l’étaient pas, ou pas suffisamment, à l’époque (1990). On a toujours eu cette passion originelle et chaque année, le challenge c’est de toujours surprendre, de partager. Je dis souvent que j’étais tellement passionné de musique que le plus beau cadeau que je pouvais faire à quelqu’un de la famille ou a mon amoureuse c’était des compilations…

Alban Coutoux : En cassette ! Pour les plus jeunes ! (rires)

François Floret : Oui je n’ai pas précisé ! Ça revient à la mode (rires). Je faisais la compile de mes rêves, c’était comme « je te donne mon cœur ». Le festival c’est ça, on a plein d’amoureux, d’amoureuses et on a envie de leur offrir une compile live, avec ce qui nous a touché. Et le reste est intéressant : on est en bord de mer, au moment d’un long week-end, il faut en profiter. C’est une espèce de communion, les gens se retrouvent autour de ça. Les gens nous on souvent regardé comme la Mecque du rock indé, ça a presque un coté religieux. Ils ne viennent pas là par hasard, même s’il y a des curieux ou certains qui viennent parce qu’il y a un évènement. Mais principalement il y a beaucoup de passionnés comme nous.

Alban Coutoux : Il y a des gens qui se voient une fois par an et qui se retrouvent à la Route Du Rock. C’est comme un rendez-vous important, il n’y a pas beaucoup de festivals en France qui ont cette unité de programmation autour du rock indé et depuis 29 ans c’est devenu ce rendez-vous là.

Songazine : Est ce que vous pouvez nous parler de son évolution au fil des éditions ?

François Floret : Il y a eu plusieurs étapes. Une première étape où le festival s’est cherché. 91 c’est la première édition : l’hiver dans une salle de la maison des associations, c’était un peu un test, est-ce qu’on a envie de faire un festival ?

Nous avions précédemment créé une radio rock à Rennes qui s’appelait Canal B et rencontré un malouin Ludovic qui nous a dit « j’ai envie de monter un festival, vous faites des concerts dans le même esprit que nous… pourquoi ne pas venir à Saint-Malo pour créer un festival ? ». Ça a été une révélation parce que c’était un condensé de concerts, un enchainement et forcément un plaisir décuplé. Puis il a fallu deux ans pour qu’on trouve notre ligne et c’est sur la troisième édition en 93 qu’on a eu la texture définitive… Ensuite évidemment il y a eu le rendez-vous très très fort avec Bernard Lenoir en 93, suite au concert de Radiohead qui avait eu lieu à Rennes, il est devenu notre parrain sur l’édition qui a suivi… et comme il avait l’idée d’enregistrer des concerts pour les diffuser l’hiver, il nous a proposé de changer les dates et de faire ça plutôt l’été. C’est comme ça qu’on est arrivé en 94 au Fort de St Père pour un soir, puis deux soirs en 95, trois soirs en 96 et quatre soirs en 2013.

Concernant les différentes étapes il y a eu des moments forts, en 96 nous nous sommes rendus compte que le festival intéressait vraiment les gens, il y a eu une médiatisation forte, et Garbage en tête d’affiche cette année là (qui n’était pas ce qu’ils sont aujourd’hui, un truc plutôt innovant). On commençait à se dire qu’on avait envie que ce festival dure. Puis 97 une année beaucoup plus compliquée où après avoir été victime d’une escroquerie, nous sommes quasiment en mort clinique. L’année 98 était alors une année charnière, nous nous sommes réunis et avons décidé de ne pas laisser mourir la bête, en remontant une édition de la dernière chance, qui a été une édition merveilleuse, un gros succès, avec Portishead, PJ Harvey.

D’autres étapes on été très compliquées notamment en 2002 avec une tempête, de l’eau en permanence. Sur le plan artistique et en termes de fréquentation, 2005 a été une très grande édition avec The Cure.

Alban Coutoux : Depuis 2002 nous avons décidé de revenir sur Saint-Malo avec les concerts sur la plage l’après-midi puis les trois jours dans le fort. La formule a trouvé son identité là aussi.

François Floret : Et 2006 avec l’arrivée de la Route du Rock hiver (on a attendu d’avoir les reins suffisamment solides financièrement), c’était la bonne année pour se projeter sur une autre édition dans la salle de l’époque qui s’appelle aujourd’hui La Nouvelle Vague, au Palais du Grand Large et à la Chapelle Saint Sauveur. On a réinventé la Route du Rock sur des plus petites périodes, avec de plus petites jauges. Le festival s’est élargi dans le temps et dans l’espace puisque nous sommes venus nous installer à Rennes aussi. Et l’année prochaine à Nantes !

Songazine : S’il fallait choisir un souvenir particulier de la Route du Rock au travers de toutes ces éditions ?

Alban Coutoux : C’est compliqué parce qu’à chaque édition il y a des choses marquantes, forcément il y a des artistes légendaires que nous avons accueillis et qu’on écoutait plus jeunes… Les Cure dont on était fans ado et qu’on accueille sur le festival, on a l’impression de quelque chose qui se boucle. Egalement des artistes découverts et qu’on espérait voir sur scène : je me souviens en 2004 de TV On The Radio c’était très compliqué de les faire venir et finalement on a réussi, c’était l’aboutissement de plusieurs mois de travail.

Il y a 2007 cette fameuse soirée new yorkaise avec Sonic Youth et LCD Sound System, c’est des super moments ; voir Nick Cave monter sur scène, j’ai encore l’image… tout son groupe qui était déjà arrivé et lui il était en bas de la scène, il avait ce regard de boxeur, il allait prendre le public, on voyait sa posture et sa concentration avant de se jeter… Aussi un groupe qu’on accueille de nouveau cette année, Idles, dont le premier concert avait surpris tout le monde il y deux ans. Chaque année il y a des souvenirs marquants. C’est ce pourquoi on le fait : pour retrouver ces émotions là.

François Floret : Il y a une succession de choses, mais il y a deux images pour moi pour répondre totalement à la question, qui résument assez bien le sentiment que l’on peut avoir sur le festival : une très négative, en 2002, je me vois encore regarder l’eau tomber sur le Velux de mon logement la nuit, après avoir passé toute la soirée sous la flotte, il y avait eu un miracle car la technique avait tenu et tu te dis « ça ne s’arrêtera jamais » ! Petit miracle ça s’est amélioré le lendemain mais ça a été le flip absolu.

Et après, comme le dit Alban, le bonheur total, c’est Robert Smith, la photo où on est tous les deux à lui remettre le maillot du club du stade rennais, chaque membre du groupe a eu le maillot avec The Cure écrit dans le dos.

 

Songazine : Quel rôle a selon vous ce festival devenu « légendaire », dans le paysage des festivals français ?

Alban Coutoux : c’est plutôt en termes de plaisir que l’on raisonne. C’est vrai qu’après 29 ans, il y a des gens qui nous suivent et nous font confiance et ça c’est gratifiant. Nous avons une certaine responsabilité, il y a des gens qui viennent au festival en connaissant peut-être un tiers de la programmation ou peut-être seulement deux groupes et qui nous font confiance, ça c’est important.

François Floret : C’est un événement qui doit perdurer parce qu’il propose une alternative, sans prétention de notre part, car nous ne sommes pas les seuls à proposer des choses qui sortent de l’ordinaire, s’il a un bien un rôle, c’est de rendre les gens un peu plus curieux.

 

Songazine: Par rapport à cette identité singulière de la Route du Rock qu’on apprécie tant, comment se fait le choix des artistes et lorsque tu programmes, est-ce que tu te dis ‘c’est ce que j’ai envie de voir moi‘ ?

Alban Coutoux : Oui, il a aussi plusieurs éléments qui se mélangent, par exemple quand on a su que Stereolab allait revenir en 2019, on s’est tout de suite dit que c’était pour la Route Du Rock, il n’y a pas eu d’hésitation. C’est toujours bien d’avoir des évidences même sur des découvertes, d’écouter un artiste et de se dire que nous le voyons tout de suite dans le fort ou sur la plage ou ailleurs. Quand on commence à trop réfléchir ou à avoir des doutes ça n’est jamais bon signe… il y a aussi le jeu des calendriers, des agendas, des cachets. Avant toute chose c’est essentiel de marcher à l’évidence…

François Floret : C’est cette chose impalpable qui fait qu’on ressent La Route Du Rock au plus profond de nous, et qui fait qu’on sait exactement quel artiste a sa place tout en ayant envie de voir des artistes qui ne sont pas évidents tout de suite.

Songazine : Ciblez vous un public particulier pour la soirée inaugurale du mercredi soir à la Nouvelle Vague, avec cette année Sharon Van Etten, Big Thief et Anna St Louis ?

Alban Coutoux : La Nouvelle Vague, c’est 900 places, le Fort de St Père c’est 12000 places donc l’intérêt c’est d’avoir cette salle qui nous permet de faire des choses plus intimes. Je pense à Big Thief cette année, pouvoir voir le groupe à 22h devant 900 personnes, ce sera plus fort qu’à 19 h dans le Fort en plein air où l’attention peut être un peu plus diluée. Chaque groupe est pensé aussi en fonction du lieu, c’est important.

 

Songazine : Parmi les têtes d’affiche nous aurons l’immense plaisir de voir Tame Impala, Hot Chip, Stereolab et surtout Metronomy qui s’annonce comme un des temps forts du festival. Qu’est qui vous a donné envie de les programmer ?

Alban Coutoux : Depuis quelques années c’est devenu une référence électro pop anglaise, ils n’étaient jamais venus à la Route Du Rock, leur album sortait fin août… il y avait plein d’éléments réunis, ça s’est fait assez facilement.

François Floret : Artistiquement c’est bien aussi d’avoir des groupes un peu plus légers qui font danser, bondir. Il y aura Hot Chip, Metronomy, Jon Hopkins aussi même s’il y a des moments beaucoup plus sombres mais ça pète bien. C’est important qu’il y ait des respirations, permettre de relâcher la pression en proposant des artistes qui correspondent à notre famille musicale et qui fassent danser.

Alban Coutoux : Dans tout le parcours d’une journée à la Route Du Rock, de 15h à 3h du matin, même si on est estampillé « indé » avec une programmation assez précise, on navigue entre plein d’esthétiques, entre du folk du rock plus sombre et de l’ambient ou de la techno… on n’a pas forcément envie d’écouter la même chose à 19h qu’à 3h du matin.

Songazine : Votre plus grande attente pour cette édition ?

François Floret : le show de Tame Impala est monumental, j’ai hâte. On travaille techniquement, c’est la première fois qu’on fait quelque chose d’aussi balèze, j’ai confiance en nos équipes mais ça va être compliqué. Eux sont ravis de venir, nous on les adore, je pense que ça va être un moment magique un peu à la Flaming Lips.

Songazine : A l’approche de la trentaine, comment voyez vous la suite ?!

Alban Coutoux : C’est 30 ans d’étés et 15 ans d’hivers, donc ça fait déjà 45 ans ! Si on reste fidèles à nos idéaux et qu’on continue d’exister c’est le principal, ne pas verser dans la nostalgie, regarder toujours devant et défendre cette musique, le rock, il toujours été là et sera toujours là.

François Floret : C’est de la fierté. 30 ans, si on y arrive, c’est se dire qu’on a tenu jusque-là en restant totalement fidèles à la ligne du festival, en vivant pleinement chaque année. On va mettre toute l’énergie sur cette édition et on verra après. C’est aussi ça l’énergie du rock !

Propos recueillis par Veyrenotes & Wunderbear

Un grand merci à l’équipe de La Route du Rock

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