Crédit photo : Stéphane Monnet

Crédit photo : Stéphane Monnet

Lancé depuis le printemps dans une tournée marathon de plus d’une centaine de dates en Europe, Octopoulpe s’arrêtera le 14 août à Paris, au Petit Joseph Dijon. Nous ne saurions trop vous conseiller de courir voir la prestation déconcertante et jubilatoire de cet homme-orchestre inclassable. Nous l’avions rencontré au début de cette tournée, alors qu’il revenait en Europe après sept ans où, basé à Séoul (Corée du Sud), il a écumé les scènes asiatiques.

Interview :

  • Comment a commencé le projet Octopoulpe ?
  • En 2014, un pote français qui vient du même coin que moi, les Vosges, m’a contacté en me disant : « l’hiver prochain je pars en tournée en Indonésie. Tu m’as parlé d’un projet solo donc monte ton truc et on y va tous les deux». À ce moment-là, je n’avais rien de prêt, j’étais déjà en Corée, et il me dit que j’ai dix mois pour tout monter. C’est parti de là, avec ce pote qui m’a branché sur l’Indonésie que je ne connaissais pas du tout.
  • Dès le départ, tu associais le visuel et le musical ?
  • Oui mais la première version était assez différente. Mon idée était de faire un duo avec moi. C’est-à-dire un vrai moi et un moi sur écran. J’avais enregistré pas mal de vidéos que je contrôlais avec un pédalier midi et où je me répondais. J’avais différents types de réponses et, aléatoirement, je prenais la guitare sur scène alors qu’à l’écran on me voyait prendre la batterie et inversement. J’ai fait ça pour cette première tournée, c’était bien mais c’était galère aussi parce qu’en Indonésie au niveau sono, au niveau retour, ça ne fonctionnait pas toujours. Je m’adaptais, des fois je faisais cette version, des fois je ne prenais que la guitare, d’autres fois que la batterie… Au bout de la cinquième date, j’ai eu cette idée de ne faire que de la batterie et de contrôler le reste avec. J’étais au tout début de la tournée et je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi pour bosser sur ce projet.
  • Tu as tout fabriqué ?
  • En bossant sur la première version, j’ai découvert le langage de programmation qui permettait de faire ça et comme je suis développeur je me suis lancé là-dedans. Sur quatre éléments, la caisse claire, la grosse caisse et les deux toms, j’ai des trieurs qui envoient des signaux midi à mon ordinateur et ça contrôle le reste.
  • Les personnes dans tes vidéos, ce sont tous des amis ?
  • Mon idée était de faire des tournées tout seul, ce que je n’avais jamais fait et je me disais que j’aimerais bien emporter mes potes avec moi. Comme je ne peux pas toujours chanter en jouant de la batterie, j’ai eu cette idée de faire chanter des potes et d’avoir des voix en plus, de passer d’un style à un autre. Ça reste un one man band mais associatif. J’ai une liste de personnes que j’ai envie d’inclure dans mes prochaines chansons et quand je compose un morceau, je pioche dans ma liste, on en parle et on voit comment c’est possible.
  • Crédit Photo : Stéphane Monnet

    Crédit Photo : Stéphane Monnet

  • Tu as des influences pour les vidéos ou c’est ton univers personnel ?
  • J’essaie d’avoir un concept pour chaque chanson, de trouver un truc un peu unique. J’y vais sans trop savoir où je vais, j’improvise pas mal. Il y a une chanson chantée par trois Japonaises. Un jour, je les ai revues à Osaka et l’une d’entre elles bosse avec des handicapés. Elle m’a dit que ça faisait six mois qu’elle travaillait avec eux sur le projet d’un homme à moitié pieuvre et ils ont fait beaucoup de dessins. J’ai été touché et j’ai fait une chanson avec tous ces dessins, ça donne un visuel particulier. Je n’ai pas de ligne directrice, je m’adapte. Je peux aller dans n’importe quelle direction. J’ai aussi des chansons plus sombres qui ne sont pas encore terminées où j’essaye de jouer davantage avec le noir et blanc.
  • Le côté très « bricolé » est assumé ?
  • J’adore la vidéo. Quand j’étais en Corée, j’ai fait trois clips pour deux de mes groupes et j’y ai passé énormément de temps. Chaque clip me prenait un an. Je me force à passer le moins de temps possible sur les vidéos d’Octopoulpe parce que si je veux avancer, je dois m’obliger à ne pas peaufiner les choses. Il y a plein de choses pas finies mais ce n’est pas voué à être diffusé sur internet, les gens voient ça en live donc même si ce n’est pas totalement fini, on comprend le principe. J’essaie d’y passer le moins de temps possible pour pouvoir faire plus de morceaux.
  • D’où viennent le nom et l’idée d’Octopoulpe ?
  • J’avais un groupe en France qui s’appelait Tentaculos et je m’appelle JP donc j’ai eu tous les jeux de mots possibles avec Jean-quelque chose et j’ai eu Jean-Poulpe parce que je jouais dans ce groupe. Quand j’ai dû trouver un nom pour cette tournée en Indonésie, mon pote m’a laissé trois jours pour me décider et j’ai trouvé cette idée. Dans la première version où je jouais avec moi-même, ça faisait quatre bras, quatre jambes, huit membres, alors Octopoulpe ça allait bien. Je n’avais jamais fait de projet solo avant, tout le monde te regarde et c’est flippant donc il me fallait un masque. Je me suis dit qu’un masque de poulpe, ça allait être sympa. Je dois avoir cinq masques maintenant, dont celui-là. [Il sort de son sac un masque à tentacules improbable, tricoté au crochet et qui lui a été offert lors d’un concert à Pékin, l’œuvre est évidemment immortalisée en photo pour les lecteurs de Songazine.]
  • Comment définirais-tu ton style musical ?
  • C’est généralement associé au punk-hardcore mais avec des maths. J’adore les maths. Donc on peut dire math-core, j’appelle ça aussi geek-core. Mais c’est dur à définir parce que je peux aussi sauter d’un style à l’autre, j’aime énormément de choses. J’ai des chansons plus garage, d’autres plus metal… J’ai été chanteur de metal pendant dix ans et j’ai découvert le côté punk où je me suis dit que c’était vachement mieux, seulement par rapport au fait que c’était beaucoup plus politisé. Dans le metal, c’est possible de jouer avec des gens bien à l’extrême-droite, et ça ne pose de problème à personne. Dans le punk, au moins on est à l’abri de ça. Quand je parle de la scène punk, je parle de la scène underground antiraciste, antisexiste et antihomophobe.
  • Comment tu es reçu sur les scènes asiatiques ?
  • En Corée, tout ce qui est math-quelque chose, ils ne sont pas fans. Il y a quelques groupes dans ces styles mais ce sont des étrangers qui font ça. Dans la scène underground, ils sont très classiques, les vieux groupes japonais restent la référence. Tout ce qui est chaotique, j’ai toujours adoré, j’aime être surpris mais avec Octopoulpe, j’essaie d’avoir un truc un peu catchy et j’ai toujours le côté vidéo qui sauve le truc et qui fait que ce n’est pas indigeste. Dans les groupes auxquels les gens pensent en m’écoutant, il y en a toujours deux qui reviennent et ça me fait super plaisir, c’est Lightning Bolt et The Locust.
  • Quelles sont tes influences ?
  • J’aime ce qui est punk-hardcore chaotique, j’adore le jeu du batteur Converge mais j’aime aussi le noise-rock : The Chinese Stars, Ex-Models, ce sont des groupes fabuleux pour moi. Je suis plus rock qu’electro mais j’écoute de tout. Mon pote Le Crabe qui rappe et qui est beaucoup plus électronique, c’est pas le genre de truc que j’écoute habituellement mais ce qu’il fait est super bien. Ça fait des années qu’on parle de composer quatre morceaux ensemble pour lesquels il va me fournir des sons électroniques. Je vais essayer des choses là-dessus.
  • Jouer seul, ça t’apporte quoi ?
  • Je suis libre, je fais ce que je veux, je pars en tournée quand je veux puisque avec mon travail, je peux bosser sur la route. Je voyage tout seul, ce n’est pas aussi fun que quand on est dans un camion avec des bons potes. Il y a du pour et du contre. J’ai aussi remarqué quand j’ai commencé Octopoulpe que quand tu prends des compliments, tu n’as pas à les partager. Tu vis tout à l’extrême : si tu fais des pains pendant le concert, tu le prends vachement plus mal que si tu es en groupe. Quand tu es tout seul, c’est ton bébé, sur lequel tu as bossé pendant des mois. Etre en groupe ou tout seul, c’est deux choses vraiment différentes et j’adore les deux.
  • Tu considères que ta musique doit s’autofinancer ou que c’est une passion dans laquelle tu peux perdre de l’argent ?
  • Depuis que j’habite en Asie, grosso modo, tous les concerts que je fais, j’y perds de l’argent. Que ce soit avec Octopoulpe ou avec mes autres projets. La Corée du Sud, c’est presque une île, pour en sortir il faut toujours prendre un billet d’avion. Quand tu joues au Japon, c’est très compliqué d’être payé, pour plusieurs raisons notamment le prix de l’immobilier. Quand tu joues en Asie du sud-est, il n’y a pas du tout d’argent là-bas donc c’est à tes frais. La Chine, c’est très compliqué aussi parce que le gouvernement ne souhaite pas que des groupes étrangers y jouent. L’Europe, c’est beaucoup plus simple et c’est un bonheur d’y tourner parce que tu peux t’y retrouver. Quand j’ai acheté ma première guitare, je devais avoir 16 ans et je voulais être le nouveau Kurt Cobain mais tu te rends vite compte qu’il y a plein de monde qui fait ça et qui est meilleur que toi. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai réalisé que vivre de la musique, c’était une très mauvaise idée en fait. La musique, c’est clairement la chose la plus importante de ma vie mais je n’ai pas envie que ça devienne un boulot. Je suis très content d’avoir un taf à côté et je bosse pour me payer ce hobby. La prochaine étape pour Octopoulpe ce serait déjà de ne pas perdre d’argent. En étant en solo, c’est plus simple de rentabiliser mais je ne compte absolument pas en vivre.
  • Bandcamp ici 

Propos recueillis par Henriette de Saint-Fiel

Prochaines dates en France :

  • – 15/08 : Nevers @ La Saulaie –
  • 16/08 : Chatel – Censoir (FR) @ Cland’Fest –
  • 17/08 : Chambalon (FR) @ Mordorfest –
  • 20/08 : Luzern (CH) – TBA –
  • 22/08 : Nice (FR) @ l’Altherax –
  • 23/08 : Saint Etienne (FR) @ la Gueule Noire –
  • 24/08 : Villeneuve d’Aveyron (FR) : Violent Apes Fest –
  • 06/09 : Peyrelevade –
  • 07/09 : Lauconie (19) – Fest Winter is coming

 

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