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Éric Falce et Lizzy Ling nous livrent les clés de leur nouvel opus avec en préambule l’ouverture aux questionnements comme une quête chantante: Qu’est-ce donc que l’autre, si ce n’est se sentir différent d’eux mais finalement comme soi ?!… 

Éric voici donc ton quatrième album avec My Concubine. Il comporte 11 titres dans un esprit pop rock parfois folk, les textes sont très riches de sens voir même de double sens. Tu aimes jouer avec les mots ? Quelle en est ta lecture ?

J’aime les mots et la difficulté qu’il y a à les tordre, les mettre en place de façon à ce que la sonorité et le sens coopèrent efficacement . C’est un jeu mais aussi une bagarre car la langue française n’a pas l’élasticité facile de l’anglais, elle est pleine de renvois littéraires… Il faut éviter l’emphase sans fond et la trivialité sans forme. Je ne prétends pas y arriver à chaque fois mais c’est en tous cas un objectif. Quant au double sens , j’avoue que j’adore la polysémie, que ce soit dans une chanson un film ou un livre. Cela évite l’enfermement et le coté trop trivial justement. Pour moi une chanson c’est un peu comme un secrétaire à tiroirs secrets. Vous en ouvrez un et il y en a un autre à l’intérieur et puis vous découvrez qu’un autre était dissimulé quelque part… L’album nous parle de l’individu. Je n’ai pas l’esprit grégaire j’aime les personnes avec leurs différences. Brassens s’agaçait déjà il y a 40 ans de ce que les gens tendaient tous à se ressembler et Brassens de préciser que ce qu’il y avait de magique c’était l’individu cultivant ses différences. C’est encore plus vrai aujourd’hui… Et l’individu évoluant dans le temps ces onze titres évoquent les jolis instants qui passent de manière furtive et dont il faut savoir apprécier pleinement chaque seconde en restant le spectateur amusé de sa propre existence. Mais ce n’est pas toujours simple…

My Concubine

My Concubine

 

Votre première collaboration avec Lizzy Ling remonte à 2009 si je ne me trompe pas ? Raconte nous ?

Pascale Kendall présente sur les deux premiers albums ne voulait pas vraiment faire de scène. Notre collaboration s’est arrêtée là. Après quelques concubines de passage j’ai rencontré Lizzy. Au départ c’était uniquement pour un concert. Mais nous nous sommes si bien entendus sur scène que je lui ai proposé d’enregistrer avec moi l’album « Une chaise pour Ted »

 

Qui fait quoi dans votre ménage créatif ?

J’écris et je compose les chansons ainsi que les arrangements. Lizzy réalise avec moi le découpage du texte pour définir qui chante quoi et comment on se réparti les rôles. Sur le dernier album elle a fait les arrangements d’orgue Philicorda et ils mettent vraiment en valeur chacun des titres avec des gimmicks très efficaces. Et puis si je m’éloigne du style MY Concubine elle est là pour me le rappeler.
Lizzy : je distille quelques notes d’orgue et ponctue quelques mélodies, l’air de rien sans y toucher.

 

L’album ouvre la danse avec le titre éponyme “Quelqu’un dans mon genre” dans une ambiance très pop tu abordes le thème de la recherche de soi. “ma compagnie étonnamment n’était que l’ombre de moi même.” Socrate avec le célèbre « connais-toi toi-même » avait mis en avant le narcissisme positif dans une invitation à une recherche intérieur épanouissante. S’aimer soi-même pour mieux vivre avec les autres, pour toi est il un précepte de vie ?

J’aime bien cette idée de bien se connaître pour mieux comprendre les autres. Socrate y a pensé avant moi le bougre…Mais les autres disait Sartre, c’est l’enfer surtout lorsqu’ils vous renvoient une image de vous qui n’est pas la bonne.J’aime dire que lorsque vos amis vous renvoient une mauvaise image de vous, changez. Changez d’amis…Ne laissez pas les autres façonner votre image. Le boss c’est vous…

 

Dans Dragon tu parles du “jeu de la mort” en référence à Bruce Lee ? Alors que tous le croient mort, il survit ?

Bien sûr ! Son discours est plus vivant que jamais ! C’est une vérité et les vérités ne meurent jamais.

 

Tu es plus Bruce Lee ou Kareem Abdul Jabbar ? ou si tu préfères tu es plus kung fu ou basketball ? ou encore Petit Dragon ou Géant ?

Petit Dragon ! L’idée de Lee est que l’on peut venir à bout des plus grands si l’on comprend leurs failles, leurs mécanismes. Pour cela il ne faut pas être académique n’accepter aucune règle et rester le maître de son propre jeu, n’être jamais là où l’on vous attend et toujours surprendre, innover et se singulariser. Lee n’était pas « Kung Fu » ni même « Jet Kune Do » art qu’il a crée et qu’il n’a jamais voulu codifier. Pour lui tout doit être en mouvement comme dans un combat, le corps et l’esprit doivent être fluides , insaisissables , comme l’eau… C’est un principe applicable à tous les domaines.

 

Le clip de Dragon magnifiquement réalisé par Mallory Groleau tu choisis de faire appel à Denis Lavant outre le talent évident, explique nous tes motivations ?

Rendons à César ce qui appartient à Eric Falce… Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée de Denis Lavant mais notre manageuse Loraine Deparis. Elle a co écrit le scénario avec moi et Mallory Groleau et a immédiatement pensé à lui. C’était comme une évidence pour tous. Il y a chez Denis Lavant un refus de tout académisme également. Tout le monde pouvait s’attendre à voir dans le clip un spécialiste des arts martiaux et on découvre Denis Lavant … C’est cela l’esprit de Lee, surprendre , être là où on ne vous attend pas. Passer de Becket à Lee, il faut une vrai souplesse au sens propre et figuré et une ouverture d’esprit. Denis Lavant réunit ces qualités. Il aime les challenges et l’idée de se confronter en tant qu’acteur à l’élément liquide l’a séduit. Quand nous nous sommes rencontrés pour parler du projet nous avons parlé de son interprétation de Céline au théâtre. Je lui ai dit que Céline était à la littérature ce que Lee était aux arts martiaux : l’anti académisme… Il a tout de suite compris où l’on allait. Il a visionné l’unique interview de Lee par Pierre Berton et été sensible à sa pensée. Il a dit avanti ! Et puis Denis Lavant c’est une gueule et une façon de bouger unique.Un mélange d’instinct et de maîtrise comme Bruce. Un artiste rare qui sait prendre des risques et un être exquis.

Dans Paris ne dort jamais tu nous emportes dans une balade nocturne à travers la ville lumière, sensuelle et charnelle ce magnifique refrain “Paris a encore des milliers de rêves sous son ciel, Paris ne dort jamais, quelqu’un t’a rêvé dans la ville”… spéciale dédicace à lorraine ?

Loraine Deparis (notre manageuse) est une insomniaque …Son rêve est de s’endormir normalement pour oublier un peu MY Concubine. Mais, trêve de plaisanterie, cette chanson est une chanson sur les «possibles» et évidemment les probabilités qu’il se passe quelque chose dans votre vie sont plus grandes à Paris qu’à Trifouilly Les Oies…

 

Ah que la vie est belle est un titre de Brigitte Fontaine & Areski sorti il y a 21 ans sur l’album Les Palaces pourquoi as tu eu envie de reprendre cette chanson ?

Comme Loraine Deparis ne dort jamais, son esprit en ébullition a toujours de bonnes idées…C’est elle qui m’a suggéré ce titre. Nous devions faire une reprise pour l’enregistrement d’une captation sur un site (captation qui ne s’est jamais faite) et je n’avais pas vraiment d’idée. Mis à part une reprise du groupe Caravan sur l’album «Les belles manières» je ne suis pas très «reprise». J’ai toujours été très prétentieux et je n’ai jamais voulu reprendre les chansons des autres… Comme me l’avait confié un jour Jacno, si nous faisons des chansons c’est que nous avons la prétention de penser que celles existantes ne suffisent pas. Mais on les aime quand même n’est ce pas lorsqu’elle parviennent à nos oreilles comme une évidence.
Dès que j’ai entendu cette chanson de Brigitte Fontaine j’ai trouvé le texte magnifique. Il illustre parfaitement la citation d’Oscar Wilde : « La vie est un sale quart d’heure ponctué de moments exquis » Je me suis dit : «c’est ça la reprise» Bien entendu pour moi une reprise ça doit être comme un vol, une appropriation. Alors j’ai changé le tempo et l’accompagnement et j’étais si content du résultat que cette reprise avait naturellement sa place sur l’album d’autant que j’y parle surtout de ces petits instants de bonheur furtifs qu’il faut savoir saisir.
Lizzy : Le cynisme légendaire d’ Eric Falce a encore frappé !!!

Brigitte Fontaine et son univers fantasque / romantique représentent quoi pour toi exactement, est elle source d’inspiration, d’admiration ?

Pas d’inspiration puisqu’avant cette reprise je ne connaissais pas son travail. Mais comment ne pas être séduit par son écriture. Je pense que c’est une des personnes qui écrit le mieux. Respect. Et puis Brigitte est une personne très attachante, une libertaire comme je les aime.


Justement vous venez de finir le tournage du clip avec Brigitte. Comment s’est passé le tournage, que peux tu nous en dire ? As tu des anecdotes ?

Le tournage s’est passé à merveille! Il y a de nombreuses anecdotes mais je ne voudrais pas spolier le clip à venir …Disons que Brigitte a adoré le tournage et surtout l’élément principal du décor conçu par l’artiste plasticien Patrice Ferrasse. A la fin du tournage elle voulait l’embarquer avec elle (Pas Patrice le décor) Sinon pendant les prises du clip Brigitte était immobilisée et a du écouter sans rien dire six fois de suite la reprise de son titre dans le studio.C’était ma petite vengeance car chez elle j’avais du écouter trois fois de suite la
version que j’avais réalisée…Si Areski était convaincu, elle n’avait rien laissé paraître… Après le tournage, dans la loge, elle s’est assise à coté de moi et m’a déclaré : « cette version est superbe »
Lizzy : Magnifique expérience que de partager le plateau avec cette grande Dame. Elle nous a surpris et en même temps non car justement quand on invite Brigitte Fontaine il ne faut pas s’étonner d’être surpris ! Je n’en dirai pas plus je ne vais pas tout dévoiler…

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Éric Falce, Brigitte Fontaine et Lizzy Ling. Crédit Photo Loraine Deparis

Dans Tiens moi froid tu parles de Pancrace (un des trois saints de glace) j’y vois une métaphore sur la terre et la fécondité sans pour autant l’abandon du désir “on aime les seins de glace” est-ce cela ?

Non ! Mais pourquoi pas ! On ne décide pas du désir… C’est quelque chose qui est inséré dans notre matrice par on ne sait qui pour assurer la reproduction et la préservation de l’espèce… S’il y a une vrai révolte à mener
c’est bien celle ci. Qui nous manipule avec la carotte cul du désir et le bâton crétin de la mort ?
Mais « Tiens moi froid » est une chanson sur la beauté froide. Ce qui est beau voire intelligent n’est pas forcément bon et parfois sans empathie… Il n’y a pas toujours de corrélation entre la beauté et la bonté, elle séduit les saints et les assassins.

 

Menu spécial “jamais le même goût” le titre le plus Gainsbourien de l‘album la aussi une source d’inspiration ?

Je n’y avais pas pensé. Sans doute le coté orchestre… Adolescent j’écoutais Brel mais Gainsbourg à fait sonner le français avec la pop comme avant lui Trenet l’avait fait sonner avec le jazz. C’est , avec d’autres, une bonne référence …

 

Divin loser est à l’origine un titre de votre 1er album “La tangente” ! D’où vient l’envie de réinterpréter une nouvelle version Divin loser ?

Nous reprenions cette chanson sur scène . Le titre sur le premier album était un peu trop rapide. J’aime beaucoup la thématique du titre , son rifle et je préfère la chanson avec ce tempo… Je ne le ferais pas pour tous les anciens titres mais celui ci méritait une seconde chance.
Lizzy : ça aurait été dommage de ne pas redonner vie à ce Divin Loser. En tous cas j’aurais regretté de ne pas avoir une version « à moi ».


Les jolis jours “Le temps passe cent fois plus vite qu’on ne croit.” disait Brassens. As tu des regrets, des choses que tu ferais différemment avec le recul ?

Aucun regret. Tout cela fait partie du jeu, de l’expérience. Après il faut en tirer les conclusions, réajuster le tire si l’on veut atteindre la cible…On écrit des chansons plus ou moins réussies mais au final tout cela reste une matière que l’on sculpte sans cesse en essayant d’écrire LA chanson, celle qui saura toucher les gens…

 

L’ivresse de la vie, de Conjugaison le vin d’ici ou l’eau de là, lequel choisir ?

Pierre Dac déclarait qu’il préférait le vin d’ici à l’au delà. J’ai voulu en faire une chanson. Il ne faut pas choisir, il faut vivre en conjuguant les deux. Savoir faire la fête en ne perdant jamais de vue la réalité de notre condition, vivre pleinement avec toujours à l’esprit la mort et conjuguer cela sans être saoul et sans devenir fou. Les morts sont peu bavards… C’est agaçant mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont rien à raconter.

 

Pour rester vivant adopter la position “Verticales”. Il s’agit là du seul titre vraiment mélancolique, de surcroît il arrive en fin d’album, comme pour marquer un arrêt, reprendre son souffle. Dis nous en plus ?

C’est une chanson sur le handicap. La vie n’a pas toujours les belles manières et certains en font les frais… Néanmoins nombreux continuent sans rancune à l’aimer et à rester dignes même s’ils ne peuvent plus tenir debout et doivent rester allonger toute leur existence. Ils nous donnent une leçon de vie . Si l’on n’a pas de handicap on se doit a fortiori de rester debout quelles que soient les circonstances…

 

“Compte avec moi Les secondes” tu clôtures l’album avec une évocation du couple, normal me diras tu pour My concubine ! Le concubinage Eric, Lizzy a encore de belle année devant lui ! des projets à venir ? un troisième clip, des concerts ?

Disons plutôt une évocation du temps qui passe… Le couple ne m’intéresse pas en tant que thématique de chanson, je ne m’en sers que comme décor.
J’ai toujours préféré les couples sur scène que les scènes dans les couples… Nous n’avons pas de problèmes d’ego avec Lizzy et nous nous entendons parfaitement en ce qui concerne l’objectif du groupe.
Il y aura peut être un troisième clip mais il faut maintenant que nous pensions à la scène.
Lizzy : un troisième clip sans doute mais pour l’instant donnons vie aux deux qui viennent d’éclore. Ils ont un beau chemin à parcourir. Des concerts ? On y travaille…

Stef’Arzak

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My Concubine “Quelqu’un dans mon genre” – Happyhome Records 2018

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