affiche Decibel

Comme sur les plages de sable fin andalouses où le vent souffle à l’infini, Fred Nevché, façonneur d’aventures et de poésie enchanteresse, par son souffle électropoétique toujours nous transporte.

Après Décibel le poème fleuve puis son sublime écho Valdevaqueros l’album sorti en septembre dernier (chronique ici), il nous offre le 2 avril Décibel le film, nouvelle figure de ce projet panoramique, médium subtile d’une parole émouvante. L’espace temps semble ainsi s’étirer pour lui qui déroule le fil de sa pensée au travers des trajectoires de personnages (Alma, Gakav, Jeff et Pénélope) qu’on croise ici, dans les clips qui accompagnent chaque morceau de Valdevaqueros (au nombre de 6, en épisodes, déjà dévoilés depuis la sortie de l’album), et là, dans l’adaptation cinématographique du poème engagé mis en image par le réalisateur et photographe Vittorio Bettini, dénominateur commun à ces différents travaux.

On vous livre ici quelques morceaux choisis de l’interview réalisée en décembre dernier dans un café parisien, autant de petits cailloux qui dessinent le chemin jusqu’au film Décibel.

 

Songazine : Valdevaqueros est un album qui nous a emmené et beaucoup touchées tant sur le plan musical que visuel, l’esthétique des clips est très épurée et percutante. On a écouté cet album dans son intégralité la première fois en roulant sur l’autoroute la nuit…

Fred Nevché : je me souviens d’une fois, on avait pris la voiture avec Christophe Isselée, avec qui j’avais crée le groupe Vibrion (mon premier groupe) et on roulait juste derrière une Fiat, elle avait ce putain de coffre comme ça, un peu bizarre, on voyait notre reflet et la route défiler, c’était une vision comme ça… et je lui ai dit ‘Viens on part pas à Aix, on part à Barcelone ! Laisse tomber on n’a pas de tune, on a dix franc mec, si déjà on arrive au local pour répéter, déjà on est bien!’ (Il se marre) Et donc, il y avait toujours cette envie de faire un voyage. Le voyage d’une écoute d’un trait, comme vous l’avez fait, j’en suis heureux.

 

Songazine : C’est le voyage mais aussi la traversée et la traversée de soi, avec l’idée de la quête et une forme de dépouillement.Peux tu nous parler des images qui accompagnent Valdevaqueros ?

Fred Nevché : J’ai essayé de laisser le réalisateur faire son film. Je lui ai commandé ce film, on a passé quelques soirée à se parler, j’ai raconté les histoires des chansons, des anecdotes de mes souvenirs. Je voulais que les personnages aient une ambiguïté de désir.

 

Songazine : Les personnages, on se demande qui ils sont pour toi, que représentent-ils ?

Fred Nevché : (après une pause, visiblement touché) C’est comme dans un rêve, je suis sûrement un peu tous ces personnages à la fois. Le héros porte le nom de Gakav, parce que le nom de mon arrière grand mère, du côté de mon père, c’était des arméniens, c’est Gakavian. Ils représentent tous symboliquement le cœur de l’album, qui on est, à quoi on aspire, quels sont nos désirs, nos envies, quels sont ceux auxquels on a renoncés, ce que l’on croyait, ce que l’on a découvert, ce qu’on avait imaginé, différemment, puis l’initiation par le chemin parcouru dans sa vie.

 

Songazine : Comment es-tu venu à l’écriture de Décibel ?

Fred Nevché Lorsque j’ai arrêté les tournées en 2015, après dix années à plus de 100 dates par an, j’ai eu besoin de faire une pause. J’avais aussi envie de respirer pour reprendre mon souffle et me demander sincèrement si j’avais encore des choses à dire. Puis j’avais aussi envie de reprendre le travail artistique. Bien des aspects de ma voix ou de ma musique, ne me satisfaisaient plus, je n’avais pas eu le temps de corriger tout cela pendant les tournées. J’ai commencé d’abord par me remettre à écrire chaque soir, ou en tout cas à relire mes carnets que j’avais écrits pendant tous ce temps, et piocher bout de phrase par bout de phrase, et recopier ça sur mon ordi.

 

Songazine : Tu es parti de Décibel qui semblait très nourri, très fourni pour faire ce travail de synthèse, je ne sais pas si on peut dire synthèse, mais pour l’album finalement, est ce que tu as pioché uniquement dans Décibel ?

Fred Nevché : J’ai rassemblé tout ce que j’avais écrit, puis j’ai gardé que ce qui me plaisait, puis, petit à petit je me suis rendu compte qu’il y avait Pénélope, L’amour est allé voir ailleurs, quelques titres comme ça. Et puis il y avait cette page de Décibel… J’avais tout ça en parallèle et c’est né du même mood. On s’est arraché les cheveux, enfin, surtout moi, les derniers qui me restaient, pour savoir quelles chansons on allait mettre dans l’album.

 

Songazine : A quel moment est arrivé la collaboration avec Simon Henner (French 79, Nasser) et Martin Mey (Ghost of Christmas) ?

Fred Nevché : Elle est arrivée au milieu, au bout d’un an et demi, j’ai été voir Martin et je lui ai dit que je voulais qu’il m’aide à chanter et à trouver la légèreté que je recherchais dans l’ensemble des voix et des arrangements. C’est un très grand chanteur. Il a su tout de suite comment chanter pour porter ma voix, notre harmonie nous procure une émotion commune, et à chaque fois, on se fait cueillir.

 

Songazine : On a eu le sentiment que tu creusais un sillon plus électronica ?

Fred Nevché : Oui. On l’a fait comme ça avec Martin et Simon. On entendait tous les trois la même chose.

 

Songazine : La feuille de route, tu l’avais déjà en tête ?

Fred Nevché : Oui. Mais j’ai beaucoup laissé les autres faire. En fait pendant très longtemps des gens m’ont conforté dans l’idée qu’il faut être à l’écoute de ses intuitions. Tout est relié à l’idée de disparition. C’est à dire, à l’effacement de soi. C’était une évidence, je le ressentais comme tel, je devais m’effacer le plus possible tout au long du processus créatif. Les chansons étaient faites, il fallait juste que je m’efface, au niveau de l’intention des voix, au niveau des arrangements, je n’ai quasiment rien joué sur l’album, j’ai laissé faire Martin et Simon. Et pourtant, je n’ai jamais senti aussi fort ce que je souhaitais entendre, comme si, se mettre à l’écart pendant le temps de réalisation, vous fait devenir plus présent.

Simon s’est occupé de la partie réalisation électronique de l’album. J’ai beaucoup d’admiration pour Simon, il a une sensibilité, une délicatesse, une élégance, hors-norme. J’adore ce garçon. Humainement et artistiquement, c’est une des rencontres les plus importantes de ma vie.
Songazine : L’aspect visuel, comme nous te le disions précédemment nous a beaucoup intéressé. Comment est arrivé l’idée de distiller comme ça des clips au fur et à mesure ?

Fred Nevché : Les disques ne se vendent plus… alors quel est le support de la musique ? C’est l’image. Je me suis dit, si je fais un album, il faut faire un film, si je fais un film, il faut faire des clips qui déploient une seule et même histoire, comme une série en épisodes, relié à ce film, montrant des plans qu’on ne voient pas dans le film, etc.

C’était ça l’idée, un truc distrayant, et pourquoi pas captivant, en laissant le choix d’y rentrer ou pas, de les faire dialoguer ou pas, de les mettre dans l’ordre qu’on veut et de construire sa propre histoire. Mais aussi, si tu n’aimes que Pénélope, tu peux ne regarder ou n’écouter que Pénélope.
Pendant que j’écrivais Décibel et les chansons, je me disais comment je vais faire avec ces choses là ? Ça va être un album ? Ou un concept ? comment ordonner tout cela ?
Je me suis retrouvé à avoir envie de tout faire en même temps.

Rendez-vous mardi 2 avril à 19h30 au théâtre Lepic (Paris 18) pour un ciné concert autour du film Décibel (Les dits sont de Là / coopérative Internexterne).

Veyrenotes & Wunderbear

 

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