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Le 9 novembre 2018, Emilie Zoé sortait The Very Start, son second et bluffant album chez Hummus Records. Un disque qui ne triche pas, un disque de rock brut puissant et intriguant, qui aspire par sa poésie et sa profondeur, un concentré d’émotions distillé par la voix tantôt fragile et claire, tantôt rugueuse d’Emilie Zoé.

Une centaine de concerts (dont quelques-uns dans l’Hexagone) et un Swiss Music Award plus tard, nous avons enfin pu rencontrer Emilie Zoé lors de son concert au Trianon le 14 octobre dernier, en première partie de Shannon Wright. Là, après son set, assise au milieu des fauteuils de velours rouge, pendant que les techniciens s’affairaient à démonter le plateau, Emilie Zoé s’est prêtée au jeu de nos questions, nous dévoilant un peu l’envers du décor.

En la voyant sur scène, quelques heures plus tôt, on pouvait palper une énergie et une sensibilité toute particulière. A l’image de son pays natal (la Suisse), Emilie Zoé nous emmène sur une géographie vallonnée : autant elle s’électrise par instants de manière fulgurante, autant elle semble à d’autres moments toute proche, presque à côté de nous. Emilie Zoé tutoie les cimes et casse les codes. En la rencontrant, on se dit qu’elle est la digne représentante d’un rock indé réfléchi, sincère et généreux.

 

Songazine : The Very Start a bientôt 1 an… À distance, quel regard portes-tu sur cette aventure : la sortie de l’album, la tournée qui s’en est suivie, la reconnaissance ?

Emilie Zoé : Au départ, nous avons enregistré cet album dans notre local de répétition, on faisait des petits concerts par ci par là, nous avons mis beaucoup d’énergie pour sortir ce disque, faire qu’il existe et qu’il sonne comme ça. Un tourneur nous a contactés et proposé de travailler ensemble. Déjà ça, on s’est dit ‘qu’est ce qui se passe ?!’ Puis petit à petit, nous avons fait des concerts en France, des gens qui ne nous connaissaient pas ont écouté le disque et ça a changé beaucoup de choses. Il y a eu ce prix (Swiss Music Awards) qui a permis d’ouvrir sur notre pays qui bien que tout petit est divisé en quatre car il y a quatre langues différentes. De ce fait, il y a division au niveau de la culture, en termes de réseau mais aussi en termes de goûts musicaux. Ce prix a permis d’ouvrir sur la région germanophone, le nombre de demandes de concerts en Suisse allemande a été incroyable ! Cette année, j’ai joué 100 concerts, et ça, on ne pouvait pas s’y attendre. Il y a eu un très grand engouement autour de cette musique que l’on est fiers d’avoir fait comme ça. Au final, j’ai surtout le sentiment de grandir et d’apprendre dans plein de domaines, notamment à gérer l’énergie et le temps.

Songazine : Et quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’album ?

Emilie Zoé : Il y a une phrase que j’ai beaucoup entendue et je la trouve assez juste, à savoir, que les disques sont un peu comme des photos que tu prends de ta musique à un moment donné, tu te fais tout beau, tu branches ton appareil et tu captures ça. On s’était préparé pendant très longtemps en jouant ces morceaux sur scène : ils ont beaucoup évolués et changés de visage avant d’être ce qu’ils sont sur ce disque. Je suis très contente de le réécouter et j’aime la liberté que nous avons prise de faire d’autres versions en live.

Songazine : Comment l’album The Very Start, est-il né dans ton esprit ?

Emilie Zoé : Au tout début du projet nous étions quatre sur scène, nous avions sorti un Ep de 6 titres suivi de concerts. J’ai ensuite réfléchi à la manière d’enregistrer un vrai disque, comment j’avais envie qu’il sonne, de qui j’avais envie de m’entourer, où le faire… A ce moment là, j’ai enregistré, quasiment toute seule, mon premier album Dead-End Tape, ce n’était pas prévu et j’ai senti l’envie que le prochain soit fait à deux seulement, avec Nicolas Pittet à la batterie. J’ai alors demandé à Christian Garcia Gaucher de travailler avec nous. Ça a été un très long travail mais qui a été mis en boite en deux fois dix jours. Il y a eu de la magie, car nous n’avions pas du tout le matériel que nous avions prévu d’avoir pour l’enregistrement, aucun d’entre nous n’était ingénieur du son, Christian nous a fait essayer pleins de choses. Il y a eu un travail du son plus instinctif que théorique et c’est ça qui me plait beaucoup.

Songazine : Sur The Very Start il y a une place importante laissée au duo guitare batterie. En particulier avec Nicolas Pittet. C’est presque d’ailleurs un duo, peux-tu nous parler de votre collaboration ?

Emilie Zoé : Oui j’aime bien dire que c’est un duo ! C’est moi qui amène le squelette des chansons, j’écris les textes, les mélodies de voix et généralement les parties de guitare… J’avais repéré Nicolas au cours d’un des premiers concerts que j’ai faits, j’avais 18 ans et je participais au projet un peu fou d’un compositeur qui avait écrit un concert pour 50 guitaristes, avec un groupe pour mener l’ensemble dont Nico était le batteur. Ce qu’il faisait était incroyable, j’étais très impressionnée !

Puis j’ai arrêté les études en cours de route pour faire de la musique avec un ami. Son projet a évolué, il a décidé de monter un groupe avec un bassiste et un batteur, c’était Nicolas Pittet. En parallèle, je déménageais, je cherchais un endroit où habiter, nous répétions très souvent ensemble et de fil en aiguille nous sommes devenus colocs depuis maintenant 5 ans. C’est un de mes meilleurs amis, on se connaît bien en dehors, cela créé une connexion particulière, qui rend aussi les choses assez faciles sur scène.

Songazine : Peux-tu nous parler de Tiger Song, qui est un titre un peu à part dans l’album, qui a une énergie différente, ainsi que de son clip où on peut voir des proches t’accompagner ?

Emile Zoé : Autant certaines chansons m’ont demandé du temps pour les écrire, autant j’ai écrit Tiger Song rapidement, en une soirée. J’étais très malade, clouée au lit, j’ai réussi à sortir pour aller chercher le courrier et sur la boite aux lettres il y avait un petit clavier à piles pour enfant que j’ai remonté chez moi. J’ai écouté un peu ses sons, j’ai fait une petite mélodie qui est devenue la mélodie de cette chanson, puis des paroles sont venues directement. Je me sentais toute faible, et penser aux gens que j’ai autour de moi me permettait déjà de me sentir mieux. En jouant cette chanson sur ce petit clavier je me suis dit que ce serait super si je pouvais la jouer avec ma famille et mes amis. J’ai gardé ça dans un coin de ma tête.

Pour cette chanson je n’avais pas envie d’un clip, alors j’ai envoyé des invitations à ma famille, à mes amis en leur demandant s’ils étaient d’accord de venir chanter avec moi et d’enregistrer une vidéo. J’avais envie de ça. J’avais l’impression de fêter mon anniversaire ! Ça me donne des envies pour la suite, notamment de faire des collaborations, d’écrire des chansons pour des chœurs, pour plusieurs voix, faire des percussions aussi.

Songazine : Tout ton album est traversé par une grande sensibilité qui prend différents aspects (douceur, rugosité). Qu’est-ce qui te touche le plus et qui te sert à composer ?

Emilie Zoé : Ce sont des mélanges de vécus, de choses que je vois et que j’entends autour de moi, des histoires qu’on me raconte mais aussi de la fiction, des romans que je lis et qui me touchent sans que j’en connaisse la raison… Je lis beaucoup et je souligne les passages que j’aime. Ça m’arrive assez régulièrement quand j’écris une chanson de prendre un livre dans la bibliothèque, de lire en diagonale et de tomber sur des mots qui résonnent avec l’état dans lequel je suis à ce moment là.

Songazine : Dans The Very Start nous avons vu l’idée du temps qui passe, la distance, les liens entre les gens, les départs et les retours, et comment faire avec ça…

Emilie Zoé : Ça pourrait être un beau résumé et aussi un résumé de la vie de tout le monde. Parce qu’au final c’est ça, nous sommes des humains, nous avons une vie qui est limitée, avoir une conscience de ça, « dé zoomer » et se dire que les choses ont existé bien avant nous et existerons bien après nous. Les chansons sont pour moi une bonne façon d’y répondre de manière instinctive, ou émotionnelle. J’aime aussi beaucoup creuser les aspects scientifiques et terre à terre de ces questions. C’est important pour moi de faire des parallèles entre différents domaines.

Songazine : Que peut on te souhaiter pour la suite ?

Emilie Zoé : De prendre toujours du plaisir à faire de la musique, d’avoir la possibilité de diversifier mes activités, d’avoir plus de temps pour voir mes proches. Depuis le début de cette aventure, ce qui est assez fou, c’est le nombre de discussions ultra intéressantes, enrichissantes, profondes qui ont eu lieu, c’est comme si ça déclenchait ça. Et si ça peut continuer à provoquer cet effet auprès d’un petit nombre de personnes, alors c’est le meilleur que l’on puisse espérer !

Propos recueillis par Veyrenotes & Wunderbear

Crédit photo de une : Anaïs Blanchard

Toutes les infos sur le site d’Emilie Zoé juste .

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