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Novembre est habituellement un mois sombre et disgracieux, déjà fort éloigné des nuits d’été pour être encore doux et encore trop éloigné de décembre pour être déjà festif.

On nous ressert pourtant sempiternellement, chaque premier jeudi de ce mois, l’infâme breuvage aux saveurs aléatoires de banane ou de carambar (parfois les deux en même temps), opération mercantile internationale fomentée par les chantres du marketing bacchique, pour tenter d’égayer les gogos en manque de terroir et les drainer vers les têtes de gondole, à Venise, à New-York et même parfois jusqu’au Cora de Sainte-Geneviève-des-Bois. Fake.

Oui, novembre est noir, bien plus encore depuis la nuit d’horreur et de barbarie du 13 novembre 2015… « November is a time which I must put OUT of my mind » (#Morrissey dans November spawned a monster)…

Mais il devait en être bien autrement cette année… novembre 2016 devait être le mois de découvreurs du grand large (départ du Vendée Globe Challenge le 6), de pionniers célestes (décollage de notre cosmonaute à nous Thomas Pesquet à bord de l’ISS le 17) ; le mois du couronnement annoncé de la seule (rock)star politique qu’ait connu Sablé-sur-Sarthe à ce jour (le 20); et enfin, sur le plan musical qui nous intéresse au plus haut point ici, le mois de la résilience avec la réouverture du Bataclan le 12, la venue de The Cure pour trois fabuleux concerts (les 15, 17 et 19 ; 2h40 chaque soir, 31 chansons, 3 rappels… la voix intacte de Robert Smith, la basse reconnaissable entre toutes de Simon Gallup…) et, last but not least, la première scène des The Lemon Twigs dans le cadre de l’indispensable festival Inrocks le 20 au Bataclan.

Précédé de la parution de leur premier effort « Do Hollywood », paru sur l’excellent label Beggars (The XX, Kurt Vile, Alabama Shakes, Parquet Courts…) et produit par Jonathan Rado (Foxygen), The Lemon Twigs (les « brindilles citron ») ont fait l’objet ces dernières semaines d’une bienveillance unanime de la part de la presse musicale (notamment disque du mois dans le n°591 de novembre de Rock&Folk, maison fondée en 1966).

Les promesses n’engageant que ceux qui les lisent, il nous tardait d’écouter live ce duo de frangins multi-instrumentistes surdoués (guitare, basse, batterie, keyboards,…), Michael et Brian d’Addorio,  36 ans à eux deux, originaires de Hicksville, dans la banlieue new-yorkaise.

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Il est un adage désormais éculé (NDLR : la rédaction se doit de préciser qu’il ne s’agit nullement ici d’une invective par trop usité dans les stades de foot pour insulter le kop adverse) qui dit : « la valeur n’attend pas le nombre des années ».

Nous allions rapidement en avoir la preuve dès l’entame du set…

Car oui, ces deux-là transpirent le rock et ont une prestance incroyable. Ils sont tout sauf maniérés, et l’on devine à leur aisance qu’ils ont dû plus tâter de la guitare et de la batterie depuis leur plus jeune âge que de la console de jeux lobotomisants.

Fake out.

On notera dès les premières mesures l’évidente filiation avec le Sergent Pepper des Fab Four (la fanfare dans « Haroomata » Vs. « Being for the benefit of Mr. Kite ») et un sens de la mélodie qui les font déjà comparer à Brian Wilson des Beach Boys. Les deux brindilles nous raviront des dix plages de leur EP studio, d’où ressortent les tubesques « As Long as We’re Together » (fraternel ?) et « These Words ».

Moments insolites : Michael l’aîné délaissant momentanément sa batterie pour venir réaccorder la guitare de son cadet sans que celui-ci n’arrête pour autant de jouer… et la récurrente tendance de Brian à balancer des coups de pied à hauteur de la tête, dont on ne sait toujours pas précisément si cela s’apparente plus à un high-kick façon Jean-Claude VanDamme ou à une chorégraphie de French cancan très personnelle…

Novembre 2016 aura donc engendré ces deux prodiges, monstres de créativité, gorgés d’insouciance, celui de leur talent et de leur jeunesse, promis aux grands espaces. Bien au-delà de Sablé-sur-Sarthe et de l’Hexagone. A n’en plus douter, les deux farfadets deviendront grands. D’ailleurs, ils le sont déjà, dans le peloton de tête de la génération rock 2016, aux côtés de Ty Segall, Temples, Jacco Gardner et Twin Peaks.

« Quand je me sais ici, je ne me désire pas ailleurs » disait André Breton ; il est de ces soirs comme ce soir du 20 novembre 2016 au Bataclan où l’on se sent heureux d’être là, de vivre l’instant pleinement, convaincu d’être le témoin privilégié d’un avènement plus encore que d’un événement. Il est de ces instants qui disposent sur vous du seul enchantement : celui qui fixe à tout jamais le moment vécu, l’image qui restera gravée pour longtemps.

« November is a time which I must put IN my mind ».

Claude Le Flohic

 

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