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Laura Perrudin est une artiste qui a plusieurs cordes à son arc-en-harpe. Elle compose, chante et joue sans se cantonner au répertoire celtique et classique du Conservatoire de ses 20 premières années. Un grande première mondiale, elle a demandé à un luthier de lui façonner une harpe chromatique électrique unique reliée à la technologie numérique et munie de pédales à effet pour lui permettre de générer une musique innovante. Elle captive en voulant changer l’image stéréotypée de la harpe, ce côté traditionnel qui ne lui permettait pas de jouer les musiques plus actuelles qu’elle affectionnait.

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Dans son premier album, Impressions (Volatine, 2015) elle innove déjà en chantant et en mettant en musique la fulgurance poétique d’Oscar Wilde, William Shakespeare, James Joyce ou Edgar Allan Poe etc. Un vrai régal littéraire et musical. En concert, elle incarne seule sur scène tous les rôles d’un orchestre ou d’un groupe accompagnée d’un looper transférant les sonorités à l’ingénieur du son qui le mixe en direct. Son jeu de mise en scène est saisissant lorsqu’elle fait danser ses doigts dans le vide strié des cordes en mains. Ne faisant qu’une avec sa harpe, elle interprète parfaitement l’expérimentaliste vocale et sonore de talent, à l’instar de Björk qu’elle a d’ailleurs repris avec l’impressionant « Oceania » en live, titre de l’album Medullà (Elektra Records, 2004). C’est d’ailleurs le producteur islandais de Björk, Valgeir Sigurðsson qui a masterisé Poisons & Antidotes (Volatine, 2017) second album de Laura Perrudin dans le même studio où enregistre Björk à Reykjavik en Islande.

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Le charisme de sa voix interpelle comme elle chante en tons et demi-tons avec puissance et use de toutes les nuances de la palette vocale au service de l’émotion dans ce second opus. Le titre en couverture est uniformément bilingue et ancre d’emblée dans l’idée que poison et antidote s’unissent voire se confondent en ambivalence. De titre en titre, elle déroule et suit ce fil conducteur selon de lancinantes paroles, répétant à tue-texte avec effets d’échos “some poisons are antidotes” dans le morceau « Inks » très björkien. L’oreille ainsi happée par des textes cryptiques où puiser du sens en français ou en anglais, reconnaît aussi certaines influences, Erykah Badu et ses nuances jazzy dans le percussif « The Ceiling’s Maze », ou plus classiques comme dans « Le Poison ». Si on tend bien l’oreille lors d’une réécoute, on décèle la présence en filigrane sonore de Claude Debussy au sein de l’album, dont mars 2018 marque le centenaire de la mort. Ce dernier oeuvra aussi à faire souffler un vent d’anticonformisme et de liberté sur sa musique dite classique. La musique de Laura Perrudin est un antidote à tout plein de mots et son jazz, hip-hop, folk et électro empoisonnent le silence ou le déjà-entendu pour le plus grand bien.

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Sa harpe a croisé la guitare non classique de Thibault Florent pour un duo de lâcher prise de cordes à cordes en improvisations lors de quelques dates en France en 2016. Preuve qu’elle ne peut passer in-entendue, après un passage aux Transmusicales de Rennes, des concerts à Paris et en province Laura Perrudin fera la première partie de Mademoiselle K le 8 mars au Brise Glace. Puis elle partira en tournée à travers l’Europe et au Brésil. Aller la voir en concert c’est savourer cette rencontre  inouïe d’un live rafraîchissant tout ce qui s’entend en ce moment et de la harpe sans son image trop classique.

Van MdbS

 

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