enter shikari

Des goûts et des couleurs on ne discute point, mais en dépit de tout ils nous font parler d’eux : impossible de rester insensible en écoutant les créations musicales d’Enter Shikari, quatuor anglais originaire de Saint Albans. Jean-Michel Étiquette dirait que « ça ressemble à du métal ». Je suis d’accord avec lui, de loin et de dos, ça y ressemble effectivement. Mais du pétillant The Sights au piquant Sorry You’re Not A Winner, leur répertoire est bien plus riche que cela. Voyage initiatique non-exhaustif en cinq étapes, dans l’ordre antéchronologique :

2017 : THE SPARKS

Un ovni pop tout aussi sombre que le reste, abordant, entre autres et dans le désordre, les dessous de l’industrie musicale, la consommation de masse, les troubles de la santé mentale. On se laisse bercer sur la ballade Airfield qui donne envie d’embrasser son meilleur ami, et on s’indigne en écoutant Live Outside car il faut se battre autant que possible contre le formatage sociétal. Envoûtant et accessible, cet opus est idéal pour découvrir en douceur l’univers du chanteur Rou Reynolds et de ses acolytes.

2015 : THE MINDSWEEP

Électronique, quand tu nous tiens… Dans cet opus, le groupe bombarde son auditoire d’ondes violentes et déchaînées. Si vous n’aimez pas les lobbys, le titre Anaesthetist est fait pour vous : c’est un cri de rage spontané contre les abus médicaux. Le scream le cède à la voix claire sur le délicat Dear Future Historians, qui se joue au piano sur la corde sensible. Pour les amoureux des remix, l’album The Mindsweep : Hospitalised est entièrement composé de versions drum & bass d’une bonne partie de l’œuvre quasi-éponyme.

2012 : A FLASH FLOOD OF COLOUR

Cet album antipolitique se veut révolté et révoltant. On se rebelle contre le capitalisme dans l’intro presque parlée de Gandhi Mate, Gandhi – même si on désapprouve, on veut crier tous en cœur que ce monde n’est pas le bon – puis on repousse ses propres limites avec l’énergique Sssnakepit « come and join the party, leave anxieties behind / when the weight of all the world is pushing down / just push right back », un véritable baume au cœur pour ceux qui ont peur de ne jamais faire assez bien. Ça crie dans tous les sens, et c’est rudement cathartique.

2009 : COMMON DREADS

Plus on recule dans le temps, plus le post-hardcore se fait sentir. Particulièrement sur les titres Solidarity et No Sleep Tonight, où le ton se veut courageux et plein d’espoir face aux angoisses communes (tout est dans le titre) à toute l’humanité : qu’adviendra-t-il de nous lorsque nous aurons rendu la Terre exsangue ? Lors de la prochaine catastrophe nucléaire ? Il faudra se serrer les coudes, car le message ici est clair : nous n’y arriverons pas seuls. Faites passer le mot !

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2007 : TAKE TO THE SKIES

L’essence même du groupe est là, dans ce premier album sous le nom d’Enter Shikari. Le sublime Today Won’t Go Down In History décrivait déjà, à l’époque, l’inéluctable fin du monde et fin des Hommes vers laquelle nous nous dirigeons. Mais la chanson Jonny Sniper et son héros du même nom apportent, entre les diverses turbulences sonores – oui Jean-Michel Étiquette, ici on peut bien dire que c’est du métal – une note d’espoir fondée sur la générosité profonde de l’âme humaine. Notre Johnny national est mort, mais le leur est bien vivant, à tel point que le groupe l’incarne sur scène parfois.

LE MOT DE LA FIN

Enter Shikari, c’est avant tout et depuis leurs débuts une histoire de luttes, luttes contre des cibles mouvantes, concepts insaisissables ou adversaires trop écrasants pour être honnêtes. Ces quatre trublions s’en prennent tour à tour au 1% de riches qui détiennent tout l’or du monde, au Brexit dévastateur, à la grosse industrie musicale restrictive – ils ont créé leur propre label, Ambush Reality, pour produire comme ils l’entendaient – bref, j’en passe et des meilleurs. À déguster à vos risques et périls, et vivement leur prochain album !

Aude

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