Il faut aimer les soleils de septembre, ceux qui s’accrochent, jaunis, fatigués d’avoir forcé sur nos corps usés par la chaleur, nos yeux plissés par l’effroi des thermomètres.
Ils s’accrochent, féroces, encore et encore. Et pourtant, la lumière est moins forte, moins criarde, à croire qu’on a mis un de ces filtres Instagram, celui qui transforme en un instant n’importe quelle scène en cliché Polaroid, avec nos mines de vampires. Merci à ce flash plus violent qu’une séance de tapis rouge à Cannes.
Faut-il être une star pour figurer dans un film de vacances ? Edward Barrow surprend son monde en jouant au cinéaste des congés payés, pour nous chanter ses souvenirs, heureux visiblement, tendres et simples, comme peuvent le rester ces moments dans nos esprits émerveillés.
L’Été, ce qu’il en reste, titre-t-il son prochain album, attendu en janvier prochain. Un titre à l’amère provocation, tant les stigmates de cet été 2026 ont été visibles sur nos visages crucifiés par la sueur.
Mais ce n’est pas de celui de cette année qu’il parle…
Les jours raccourcissent tendrement. Certains diront à la folie, d’autres verront ça passionnément, comme une marguerite qu’on effeuille dans une cour de récréation, dans un jeu qu’on appellerait séduction.
L’amour débarque dans le cœur des enfants pour y faire naître des souvenirs, une réalité qu’on aime ressortir des cartons quand ça ne va pas, juste pour aller encore plus mal, pour se replonger dans le passé avec des yeux humides et des rires de façade, gênés d’avoir perdu les cheveux qui faisaient notre fierté à l’époque, ou encore de s’étonner devant les photos d’amis qu’on ne revoit plus.
Pour se souvenir que, oui, les slips de bain, ce n’était pas terrible ; que les photos de camping au petit-déjeuner, avec du Nutella plein la table, c’était péché ; et que les adultes, la clope au bec, nous tuaient avant même qu’on ait fini notre Benco.
Nostalgie, merde, pourquoi tu nous tiens ? Pourquoi, à chaque fois, ça marche ? Pourquoi fait-on des albums photo si c’est pour ne jamais les regarder ?
Parce qu’on va se mettre à pleurer devant les oncles ou les papis qui ne sont plus là. Parce que les yeux nous lâchent à la vue d’un simple canot pneumatique orange, sur une musique d’Edward Barrow : Les Eaux sombres, premier extrait de son album à venir, une bande-son électro qui vient de sortir.
Pourquoi une simple auto-tamponneuse nous replonge-t-elle dans les fêtes foraines où, pour moins cher qu’une baguette, on pouvait s’offrir un fou rire ? Pourquoi les gens riaient-ils simplement d’être furieusement là ?
Edward Barrow prend le risque de n’être que la bande-son de cette époque, de se transformer en cinéaste accompagné d’une musique, au risque de se diluer et de ne plus exister.
Est-ce un prétexte ? Une occasion thérapeutique ? On est happé par les images et on en oublie le son, qui pourtant trouve formidablement sa place.
intelligent, Edward Barrow ne se contente pas de recréer le son de cette époque, ou de le parodier, il interprète, le temps qui passe, les eaux sombres.
Est-ce le cinéaste qui fait le musicien, ou le musicien qui fait le cinéaste ?
Les vidéos nous rappellent que nous avons été jeunes, que des gens ont partagé notre vie et qu’une partie de ce monde n’existe plus. Mais elles nous rappellent aussi que nous étions là, que nous avons ri pour des choses insignifiantes et que ces moments ont compté sans que nous le sachions.
Le clip d’Edward Barrow semble cristalliser cette contradiction : nous regardons des images heureuses et nous éprouvons une émotion qui dépasse le bonheur qu’elles représentent.
Nous sommes heureux de les voir, mais tristes de ne plus pouvoir y retourner.
La vie, c’est ça : regarder de temps en temps dans le rétroviseur pour se souvenir qu’on est vivant, sentir cette chaleur qui parcourt le corps et se dire que le soleil, ce salopard, ne nous a pas loupés. Mais on est bien vivant.
Edward Barrow a bien compris cet aspect nostalgique qui fait du bien, comme une bonne tisane au coin du feu, en se moquant gentiment du cousin qui, cette année-là, sur la pellicule, avait perdu toutes ses dents de devant et souriait, fier comme un hooligan anglais.
Pour son nouveau single, Edward Barrow a ressorti des images du cru familial pour illustrer son clip. Il fallait oser : mettre ainsi à nu ses souvenirs, en faire une rétrospective d’une époque définitivement disparue, insouciante.
Pas de portable à l’horizon, des gens qui s’amusent ensemble, pas de selfies d’ego débordés, débordant de grimaces.
Une famille en vacances, contente d’être là, et en fond sonore, une musique de notre temps, celui de 2026. On nage en pleine dichotomie, à l’Atelier des Lumières, ou mieux encore, dans un stage à l’IRCAM, option nostalgie en Super 8.
Attention, regarder ce clip peut vous redonner envie de réserver vos prochaines vacances au camping, ou ailleurs, sans attendre. Et d’inscrire, à votre manière, de nouveaux instants mémorables, qui feront vivre encore et encore ce bonheur d’être ensemble.
Arrêtons nous l’espace d’un instant sur les températures, mi octobre 24 degrés d’annoncé, l’été n’est pas fini, il hurle encore sa soif d’exister, il ne veut pas mourir juste résister lui aussi au temps qui passe et nous graver sur la peau des souvenirs malicieux.
@pyofficiel






