soldat inconnu

Pleuvait-il, le 11 novembre 1918… tout comme 100 ans plus tard lors du jour d’ultra commémoration de la Grande Boucherie Inutile, fête non vegan à laquelle tu participas activement, non pas comme accompagnement mais bien en plat principal, toi et tes quelques 18 millions de collatérales victimes ?

En tout cas, hier c’était un temps de cochon à Paris où s’étaient rassemblés 70 chefs d’Etat pour faire mine de se souvenir de toi, prendre un air contrit et regarder des défilés bien préparés. Moi, j’ai pas marché devant cette comédie et pourtant j’aime mon pays, mais là, j’ai calé…

Bien entendu, mon cœur se serre en songeant à ce méga bordel dont on voit des films un peu tremblants, featuring des tranchées, des explosions et des barbelés. Tous ces beaux et jeunes gaillards fauchés, absurdement, rayés de la liste par brouettes entières et chaque jour, pour ne pas gagner un mètre de terrain, sans oublier de fusiller avec rage ceux qui commençaient à douter de l’utilité de cet abattoir à échelle géante.

De braves types comme toi, avec une moustache et fumant la pipe, des gars gentils, pas compliqués du tout qui étaient peinards dans leur campagne, des deux côtés du Rhin, à Tipperary, à Dakar ou dans le Nébraska ? Des hommes tranquilles, qui mangeaient bio, connaissaient l’orthographe et savaient rigoler.

Flingués, éventrés, enterrés vivants, éborgnés, mutilés, rentrés dingues chez eux et on en passe et des plus saignants.

Pour rien. R.I.E.N.

Et là, en ce 11 novembre, les présidents, les dictateurs, les potentats, les rois… toute cette bande, oui eux et personne d’autre, qui t’ont envoyé te faire découper en morceaux dans la boue et le gaz, réunis sous l’Arc de Triomphe sans vergogne, comptant sans doute les minutes à avoir un peu froid en attendant le banquet.

Ils n’ont pas changé, ô Soldat Inconnu, tu t’en doutes bien. Ils avaient mis leurs plus beaux manteaux, sortis des parapluies noirs et ont défilé presque correctement. Quel théâtre !

Ils ont feint d’être doux et mignons, mais on sait parfaitement qu’au moindre contretemps pour leur ego, ils redémarreront la chenille de la Muerte. Le ricain et le russkoff en particulier, ils ont le doigt sur la gâchette, et c’est un doigt nerveux…

Et puis quand ça pète, pas un seul de ces grands hommes pour arpenter la tranchée, pas un seul pour se rapprocher du front à moins de cinquante bornes, et encore planqués dans un bunker. Tu te rappelles d’avoir vu un général de près autrement qu’avant que ça explose ou pour la cérémonie des médailles, toi ?

Bien sûr, dans nos contrées, on préfère désormais largement exporter les bastons vers ceux qui consomment moins de temps de cerveau disponible pour Coca Cola. La paix étant plus rentable que la guerre, on va laisser les consommateurs consommer.

Mais les pauvres du Sud, c’est pratique, et en plus on peut vendre tout pareil les obus, les missiles, les gaz, les tanks et les avions à leurs chefs et sous-chefs – ça change tout le temps en plus, c’est pratique et ça rapporte gros-

Ils sont nombreux, susceptibles, superstitieux, divisés, endoctrinables, ils ont des comptes en Suisse et au Luxembourg (pour les virements bancaires on gagne du temps) : bingo !

Nos dirigeants se donnent la main à la TV et jouent aux Bisounours, on nous montre des choristes trop mimis, oh la la, mais question balance des exportations, là on ne joue plus. Faut pas rigoler quand même avec les munitions et les sous-munitions, un lobby c’est plus explosif qu’une opinion publique.

Désolé, Soldat Inconnu, je t’aime et suis désolé pour les huit balles de 12.7 que tu as pris dans le buffet, mais hier le show exagéré des successeurs directs de ceux qui ont signé l’ordre de te faire dézinguer, ça ne m’a pas fait sourire du tout.

Repose en paix, j’espère que tu bois un coup avec le Résistant, le Déporté et le Condamné. J’ai bien peur que vous deviez accueillir, quelque part, encore un paquet de monde dont l’existence aura été raccourcie plus vite et plus brutalement que ce qui était prévu. Si Vis Pacem Parabellum. LOL, l’essentiel étant que l’industrie ad hoc tourne, tourne, tourne.

Et on attend (sans rire) les commémorations des autres boucheries, sous la pluie ou sous le soleil, celles du passé et toutes celles à venir d’ailleurs ! Show must go on, n’est-ce pas ?

Jérôme « poppy blues » V.

 

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