godspeed hope

Un concert de Godspeed You ! Black Emperor, c’est du son. Une mer de sons. Une mer tantôt paisible et calme, qui s’étire à perte de vue dans de longues plages de drone ou d’ambient ; tantôt démontée et furieuse, à faire déferler de gigantesques vagues soniques pour écraser son auditoire. Les huit Montréalais font se rencontrer l’instrumentation rock (guitare, basse, deux percussionnistes) et des instruments plus classiques (violons, violoncelle). Godspeed You ! Black Emperor compose des symphonies rock. Le résultat est élégiaque, immense, terrifiant, céleste… les adjectifs pourraient continuer longtemps à défiler.

Et tout ça sans un mot, sans une ligne de chant.

Un concert de Godspeed You ! Black Emperor, c’est de l’image. Des images. Des visuels déprimants, mystérieux, qui soulignent avec brio toute la portée politique de la musique. L’emblématique mot « Hope » qui crépite Routes sépia au milieu de nulle part, plans de moteur, voitures de police filant dans la nuit, cours de matières premières dans on ne sait quel marché financier… Godspeed donne à voir l’absurdité crue de notre monde toujours plus effréné et chaque jour plus dingue. Les pellicules défilent sur le fond de la salle, puis brûlent, pendant que le projecteur vrombit sans discontinuer dans la pénombre du Trianon.

Un concert de Godspeed You ! Black Emperor, c’est du silence. Le silence des musiciens, déjà, assis en cercle, et se donnant tout entier à leurs symphonies apocalyptique. Silence du public, ensuite. Du recueillement, pourrait-on dire. De l’écoute, pure et sans concessions. Une expérience à la fois collective et très personnelle : que ça soit en fermant les yeux, en se laissant posséder par le mur du son ou en s’agitant sur place, chacun accueille l’orage Godspeed à sa façon. Quand les Montréalais jouent, personne ne crie. Personne ne chante, il n’y a rien à chanter. À peine si quelques audacieux se permettent de siffler leur enthousiasme. De brèves salves d’applaudissements éclatent à la fin de chaque long morceau, mais c’est bien tout. Après un rappel inattendu et très généreux avec « Moya » (les autres dates de la tournée n’ont pas toutes eu droit à cette faveur, loin de là), le groupe s’en va. Sans un mot, évidemment.

Un concert de Godspeed You ! Black Emperor, c’est une expérience sans pareille, incroyable et éreintante, une occasion unique et paradoxale de s’élever très haut au-dessus de la sordide réalité du quotidien sans cesser un instant d’y penser avec horreur.

Merci, Godspeed.

Matthieu Vaillant

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