Je me sentais jusqu’à ce matin coupable vis-à-vis de mon rédac chef chéri de ne plus écrire dans Songazine. Il faut dire, à ma décharge, que désormais Thierry l’encyclopédie dégaine plus vite que Lucky sur les live reports.
Le dernier album de Tricky m’a donné envie de partager ce plaisir d’écoute.
Tricky n’a jamais vraiment quitté Massive Attack. Il a transporté, dans ses disques, les basses lourdes, les guitares nerveuses et les atmosphères étranges qui donnent l’impression d’écouter quelque chose de très intime.
Avec Different When It’s Silent, il ne cherche pas à refaire le coup de Maxinquaye ni à vivre sur sa réputation. Ce serait trop facile. À 58 ans et après une quinzaine d’albums studio, il continue au contraire à avancer comme il l’a toujours fait : en suivant son instinct.
Le disque est sombre, épuré et souvent très tendu. On y retrouve parfois une énergie qui rappelle Joy Division, cette capacité à transformer le malaise et la mélancolie en matière sonore. Mais Tricky reste unique. Son univers mélange toujours dub, hip-hop, rock, blues et électronique avec une liberté qui lui appartient totalement. Des titres comme The Boat, Empty Streets ou encore Different When It’s Silent illustrent parfaitement cette capacité à créer des climats inquiétants tout en restant étonnamment mélodiques.
https://youtu.be/AczZcjCdRl8?si=S4PsuEBMjB7r_NT2
La présence de Mitch Sanders apporte par moments une forme de douceur et de fragilité bienvenue. Et lorsque Marta apparaît, on retrouve cette alchimie vocale si particulière qui a souvent fait la force des meilleurs albums de Tricky.
L’ombre du drame personnel est également présente. La disparition de sa fille Mazy continue de traverser son œuvre. Pourtant, l’album ne tombe jamais dans l’autocomplaisance ou le pathos. La douleur est là, discrète mais profonde, intégrée à la musique plutôt qu’exposée comme un argument.
Ce qui me frappe surtout, c’est l’envie intacte d’expérimenter. Tricky prend des risques. Certaines chansons sont rugueuses, d’autres plus accessibles, et beaucoup sont magnifiques.
Au final, Different When It’s Silent n’est pas un retour aux sources. C’est plutôt un artiste qui continue de fouiller ses propres fondations pour voir ce qu’il peut encore en tirer. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y trouve encore des idées, des émotions et quelques belles explosions.
Et oui.
Pato






