Avec Lost on You, Tigers Jaw prouve qu’on peut être à la fois paumé… et parfaitement à sa place. Cinq ans après leur dernier passage en studio [I Won’t Care How You Remember Me, 2021], ces héros discrets de l’emo indie reviennent sans tambour (quoique) mais avec de fines mélodies une science du refrain qui colle aux tympans plus sûrement qu’un vieux sticker sur une guitare cabossée.

Enregistré chez le fidèle Will Yip [Turnstile, Movements, Title Fight ou Balance and Composure], le disque joue la carte du retour aux sources sans faire du surplace. La rythmique cogne avec élégance, les guitares se passent le relais comme un secret bien gardé, et les voix — toujours entrelacées en mode masculin/ féminin — donnent l’impression d’un dialogue intime qu’on aurait enfin appris à écouter. C’est beau, c’est stylé, c’est rempli d’émotions.

Musicalement, leur son navigue entre l’efficacité mélodique de Jimmy Eat World et le spleen pop de Weezer, mais sans jamais perdre l’ADN Tigers Jaw : ce mélange de fragilité et de précision, de nostalgie et d’élan. Certains titres semblent tout droit sortis de leurs débuts, d’autres regardent vers l’avenir — et tous cohabitent comme si le temps n’était qu’un détail de la vie qui s’enfuit.

Car le vrai sujet ici, c’est lui : le temps. Pas celui qui passe, mais celui qui s’accumule. Lost on You fonctionne comme une boîte à souvenirs ouverte en plein courant d’air : tout revient, tout s’emmêle, et pourtant tout fait sens — ou plutôt, comme le chante Brianna Collins, n’est “pas censé en avoir”.

Alors non, Tigers Jaw ne réinvente pas la roue. Mais ils la font tourner avec assez de cœur pour nous rappeler pourquoi on aime encore rouler sans destination précise. Et au fond, être “Lost on you”, c’est peut-être juste une autre façon de dire qu’on est presque exactement là où il faut.

Un peu perdus, certes mais c’est la vie.

Jérôme « en mode pensif » V.

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