ENGLISH VERSION BELOW

Une œuvre culturelle doit-elle être facile d’accès ?

Une chanson doit-elle être catchy et agréable ?

Un livre doit-il être « feel good du début à la fin » ?

Un tableau doit-il être « joli » pour plaire ?

Un film doit-il raconter une histoire simple et qui finit bien ?

Choisir l’exigence artistique ou la diffusion populaire maximale ?

Je suis artiste, je devrais …gagner beaucoup d’argent si possible ou ne faire aucun compromis marketing ?

Ces questions sont au cœur de la perception et de la diffusion de toutes les formes d’art et le débat ne terminera jamais (enfin, espérons-le !).

L’I A ne se pose jamais de questions, remember.

En tant que fan de musiques avec un S à la fin, rock critic éclectique mais pas apathique, et avocat infatigable de certains artistes ou genres, je suis bien entendu partisan de chercher l’originalité, la différence, l’inconnu et l’innovation, voire des œuvres difficiles d’accès ou méritant plusieurs écoutes pour séduire…

L’idée est de mettre en valeur des approches originales, tout en évitant les poseurs et ceux qui sont vraiment, vraiment loufoques au point de se moquer du public ; vous voyez… la différence entre un Mondrian ou un Soulages qui vous parle et vous touche, et une installation parisienne dans un arrondissement dont le numéro est strictement inférieur à 5, avec un néon brisé jeté à terre qui s’intitule « lumière dans le coma, part IV ». Rions un peu de ces excès (qui néanmoins se vendent très cher parfois, mais ceci est une autre histoire).

Tuxedomoon dans les années 80, ce fut un groupe étrange et merveilleux, bizarre et séduisant pour qui aime le mystère ou les décalages. « Avant-garde » est un bon adjectif pour qualifier leurs musiques. Ce fut à la fois relativement confidentiel et totalement intéressant !

Steven Brown en fit partie avec ses complices grand Blaine L. Reininger et Peter Principle, voyageant des USA vers l’Europe des labels et scènes « hyper branchées » comme on disait à l’époque.

Steven Brown, s’est donc produit avec le groupe culte des années 1980 précité. Par la suite, tout en développant diverses activités au Mexique, où il a fondé plusieurs formations (dont Nine Rain et l’ensemble à vents Ensamble Kafka), il a œuvré comme militant culturel, soutenu des fanfares indigènes et côtoyé les zapatistes au Chiapas. Pas moins.

Il dirige également Cinema Domingo, un projet né de projections hebdomadaires de films anciens dans sa maison, qui a ensuite évolué en un ensemble musical — le Cinema Domingo Orchestra — spécialisé dans la composition et l’interprétation publique de nouvelles bandes originales pour des films anciens.  Il aime profondément Oaxaca, ses paysages, ainsi que les rencontres quotidiennes, inévitables, avec les aspects lumineux et sombres de l’histoire et de la culture du Mexique. Un parcours atypique et peu banal !

Son dernier album, In This Very World, ne fera certainement pas la Une de Spotify et s’il joue en live cela sera assurément dans une salle petite et sombre, mais peuplée de fans et de gens qui vous sembleront de fins connaisseurs.

Enregistré entre Oaxaca et Bruxelles, cet opus est un peu désarmant et néanmoins attachant. Clairement bizarre, un peu lunaire, il alterne des instrumentaux et des chansons que je pense idéales pour la BO de fims de David Lynch par exemple, une visite du Père Lachaise ou une pause face à la mer, pour songer à la vie, au destin, à la marche cabossée du monde qui part en vrille en mode accéléré. Il faut l’écouter plusieurs fois, sans se presser et rire au nez de ceux qui vendent de la soupe, assomment le public de daubes sans âme et de tubes calibrés pour, pour… (je ne serai pas vulgaire ici).

Comme disaient les Tontons Flingueurs, vieux esthètes et gens du monde « les mômes ont tout sifflé, on va se rabattre sur le bizarre ». C’est le cas avec cet album qui ne tourne pas rond mais qui est multiforme, welcome … In this Very World, un monde parallèle et ironique, résistant et fidèle. Un monde souterrain et lumineux à la fois. Allez l’explorer, cela vous fera du bien.

Jérôme « quite underground, today » V.

ENGLISH VERSION

Should a work of culture be easy to access?
Must a song be catchy and immediately pleasing?
Should a book be “feel-good from beginning to end”?
Ought a painting to be “pretty” in order to appeal?
Must a film tell a simple story with a happy ending?

Is it a matter of choosing between artistic rigor and the widest possible popular reach?

As an artist, should I… strive to earn as much money as possible, or refuse any marketing compromise altogether?

These questions lie at the very heart of how all forms of art are perceived and disseminated—and the debate will never end (or so we hope!).

Artificial Intelligence, of course, never asks itself such questions. Remember that.

As a lover of musics—in the plural—an eclectic yet far from indifferent rock critic, and a tireless advocate for certain artists and genres, I naturally lean toward seeking originality, difference, the unknown, and innovation—even works that may be challenging or require several listens before they reveal their charm.

The aim is to highlight singular approaches, while steering clear of pretenders and those who are truly, absurdly outlandish to the point of mocking their audience. You see the distinction… between a Mondrian or a Soulages that speaks to you and moves you, and some Parisian installation in an arrondissement whose number is strictly less than five, consisting of a broken neon tube tossed onto the floor, titled “Light in a Coma, Part IV.” Let us have a gentle laugh at such excesses (which, incidentally, sometimes sell for outrageous sums—but that is another story).

Back in the 1980s, Tuxedomoon was a strange and wonderful band—peculiar yet captivating for those drawn to mystery and displacement. “Avant-garde” is a fitting word to describe their music. It was at once relatively confidential and utterly compelling.

Steven Brown was part of that adventure, alongside his distinguished accomplices Blaine L. Reininger and Peter Principle, journeying from the United States to a Europe of “ultra-hip” labels and scenes, as one might have said at the time.

Steven Brown thus performed with that cult band of the 1980s. Later, while developing various projects in Mexico—where he founded several ensembles (including Nine Rain and the wind group Ensamble Kafka)—he also worked as a cultural activist, supported indigenous brass bands, and spent time alongside the Zapatistas in Chiapas. No less.

He also directs Cinema Domingo, a project that began as weekly screenings of old films in his home and has since evolved into a musical ensemble—the Cinema Domingo Orchestra—dedicated to composing and performing new soundtracks for silent or early films. He holds a deep affection for Oaxaca, its landscapes, and the daily, unavoidable encounters with both the luminous and darker facets of Mexico’s history and culture. An unconventional and remarkable path.

His latest album, In This Very World, will certainly not top Spotify charts, and if performed live, it will undoubtedly be in a small, dimly lit venue—filled, however, with devoted fans and listeners who strike you as true connoisseurs.

Recorded between Oaxaca and Brussels, this opus is somewhat disarming, yet undeniably endearing. Clearly unusual, slightly dreamlike, it alternates between instrumentals and songs that would, I imagine, lend themselves perfectly to the soundtrack of a David Lynch film, a stroll through the Père Lachaise cimetery, or a quiet moment by the sea—contemplating life, destiny, and the battered march of a world spinning increasingly out of control.

It demands multiple listens, unhurriedly, and invites us to laugh in the face of those who churn out formulaic fare, bombard audiences with soulless mediocrity, and manufacture “hits” engineered for… well, for what exactly? (I shall refrain from vulgarity here.)

As the old aesthetes and worldly gentlemen of Les Tontons Flingueurs once said: “The kids have drunk everything—we’ll have to make do with the strange ones.”

And strange it is: this album may not run quite straight, but it is richly multifaceted. Welcome… to In This Very World—a parallel and ironic realm, resilient and faithful. A subterranean yet luminous world.

Go and explore it. You will be glad you did.

Jérôme “quite underground, today” V.

 

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