La bretagne ça vous gagne disait une pub il y a longtemps, ou c’est la montagne ça vous gagne? on ne sait plus vraiment, et puis foncièrement la mer c’est bien et la montagne aussi, il fallait bien commencer cette chronique avec un titre accrocheur bande d’assoiffés de lecture que vous êtes!!
J’aurais pu commencer par, aimez vous les crêpes, ou la galette saucisse est elle uniquement reservée au soir de match de football?
On fait pas dans le culinaire chez Songazine même si ça titille des fois, d’ailleurs la musique est aussi une nourriture de l’âme parait il, et je dois bien vous dire que je suis tombé sur une pépite, une complète, oeuf jambon fromage la TO-tale!
Breton à 50%, du pays Bigouden, là où finit la terre, j’avoue jeter une oreille et même les deux sur cette scène musicale unique en son genre.
Une scène incroyable, allant du rap au punk en passant par la pop, et se tapant des tournées régionales avec plus de dates qu’ ACDC en international!

Alors oui, certains artistes que j’ai chroniqué ici s’exportent parfois au delà de la roccade de Rennes, même jusqu’ au Hellfest avec Komodor, ou plutôt Komodrag & The Mounodor, les gars de Douarnenez se taillent une belle réputation sur scène en France avec un rock psyché des 70’s.

ET oui, il arrive… que parfois… mon oreille soit attirée par des chansons plus pop, plus cool moins écorchées, et Madelyn Ann coche toutes les cases de l’album qui touche, qui fait mouche là, au coeur, qui s’émousse…

Une véritable pépite messieurs dames, un groupe mené par une voix sans granite ni beurre salé, Madelyn Ann un groupe à découvrir d’urgence tant les mélodies et les sonorités sont très bien foutues tout simplement.

Et en supplément une interview en fin de chronique


Madelyn Ann propose une pop‑rock atmosphérique chantée en breton, (mais pas que!) portée par une voix à la fois douce et puissante, par sa chanteuse Madelynn Ann donc.
Formé après une rencontre au Festival du Bout du Monde, le groupe réunit Gaëtan Fagot, Olivier Le Hir et Brendan Costaire. Leur EP War‑vor puis leur album Nevez Amzer imposent une esthétique moderne, récompensée par plusieurs prix, en Bretagne.
Les textes, sensibles et engagés, explorent la place des femmes, l’écologie et les émotions qui traversent nos vies.
Alors oui sincèrement même si on comprend pas tout, ce sont des belles chansons tout simplement, des coquillages polis par la mer, sans aspérités, sans rien qui dépasse, ça frise la perfection dans l’esthétisme, rien n’est laissé au hasard de Balthazar comme le dit la chanson du Douanier Rousseau!

Le dernier album en date Lies, sorti en 2025 est une véritable mine d’or musicale pop rock, Madelyn Ann c’est Coldplay, Depeche mode, c’est synth pop avec une identité forte, complètement Anglo-Saxonne complètement internationale, mélant l’Anglais le Breton et une chanson en Français « Jusqu’au bout » .

En 7 titres et une intro le groupe défonce en douceur l’oreille, chaque titre est ravageur en terme de refrain, « Skrivañ » par exemple reste dans la tête comme une vague longue à La Torche au mois de Janvier, puissante mais douce, sure d’elle,cette pop est vraiment efficace, tenez, prenez « Saotred » la quatrième chanson, quel travail d’intensité maitrisé, avec cette filiation à la Texas, on se croirait sur RTL2, sans faire le côté « passe partout », l’identité en plus.
« Jusqu’au bout » la cinquième chanson, ma préférée de l’album, très rock une construction qui rend imparable l’envie de chanter, je vous invite à essayer de faire ressortir le refrain de votre tête!
L’amour toujours, thème universel qui fait dans cette chanson la part belle aux guitares éléctriques bien tranchantes, une chanson viscérale.

Alors oui, certaines chansons remettent une couche de beurre  sur le synthé, comme dans « Sell », c’est bien fait, calibré c’est étonnant de précision, mais comme le dis si bien mon cardiologue, « le beurre c’est bon pour l’humeur pas pour le coeur » donc vous être prévenu ya du synthé.

Un disque diablement bien foutu, qui se glisse très bien dans une playlist entre Texas Coldplay période Ghost Stories mais surtout Jain, c’est de la pop internationale qui peut sans problème s’exporter et bien au dela de la roccade de Rennes!
Un album vraiment bien, bon et bio porté par une voix petrie de références aussi audibles qu’invisibles, une section rythmique et instrumentale éclairée qui sait parfaitement doser tel un crepier sur sa billig, l’épaisseur de la galette!
Madelyn Ann c’est ça, un savant mélange et dosage musical, pas trop de guitare, ni trop de synthé, juste ce qu’il faut pour être happé par le dynamisme, l’energie tellurique, une tempête du mois de décembre maitrisée, qui submerge en claquant sur les berges du port.
Rafraichissant et revigorant comme un bain sur la plage du Staer un premier janvier! si si vous devriez essayer!

@pyofficiel

ET  l’interview!!

Merci à Madelyn Ann d’avoir accepté de répondre à mes questions 

  • J’ai un ami en soirée à qui j’aimerais te faire découvrir : qu’est‑ce que je peux lui dire pour lui donner envie d’écouter ta musique et ton groupe ?

Qu’il n’a jamais entendu ça de sa vie : un groupe de musique pop-rock avec une chanteuse qui chante en breton !

  • Ton dernier album, Lies, tu l’as pensé pour qui ? À qui s’adresse-t-il en premier ?

Je l’ai pensé pour les bretons, ceux qui portent un intérêt pour leur langue et pour leur culture, mais aussi pour tous les curieux qui font preuve d’ouverture d’esprit.

  • Tu n’es pas bretonnante d’origine. Qu’est‑ce qui t’a donné envie d’apprendre le breton et d’en faire la langue principale de tes chansons ?

Le destin (lol). Je suis attirée par la Bretagne depuis petite et le hasard a fait que j’ai rencontré un bretonnant. C’est lui qui m’a donnée envie d’apprendre.

  • Ta musique n’est pas traditionnelle, mais elle porte une langue très ancienne. Comment trouves‑tu ton équilibre entre héritage et modernité ?

J’utilise la langue bretonne comme un matériel sonore à part entière. Je ne chante pas le breton comme on peut l’entendre dans la musique traditionnelle, avec l’accentuation par exemple. J’essaye de trouver les mots et la phrases qui vont s’accorder et se lier à la musique que l’on fait. C’est mon clin d’œil à l’histoire, pas besoin de biniou ou de costume brodée sur scène.

  • Tu viens de la biologie marine et ton parcours est marqué par l’écologie. En quoi cela a‑t‑il influencé ton envie de faire de la musique ?

Cela m’a surtout donnée envie d’en parler dans mes chansons. On ne peut plus nier les catastrophes écologiques en cours pourtant je connais peu d’artistes qui se saisissent de ce thème. Comme si notre métier se limitait seulement au divertissement.

  • On remarque que ta voix change selon la langue : plus aiguë en français, plus grave en breton, plus neutre en anglais. Comment choisis‑tu la langue d’une chanson, et comment cela influence‑t‑il ton interprétation ?

C’est assez instinctif, voir biologique. Parfois selon l’endroit où l’humeur, des mélodies me viennent en breton ou en français. Je les propose ensuite à mes musiciens. Mais nous travaillons aussi de manière inverse. Il arrive que mes musiciens me proposent des instrus et selon ce que j’entends, les mots me viennent en breton, en français ou en anglais.

  • Quand tu écris, est‑ce que le breton façonne la mélodie ou le rythme différemment du français ou de l’anglais ?

Non c’est plutôt la mélodie qui va influencer sur le choix de la langue.

  • Pour toi, une chanson peut‑elle être universelle même quand la majorité des auditeurs ne comprennent pas les mots ?

Oui, dans l’histoire de la musique on a vu tous un tas de tubes internationaux dans des langues différentes, et pas que dans les langues majoritairement parlées dans le monde.

  • Ton univers sonore est très pop et atmosphérique. Quelles influences musicales ont le plus façonné ton identité artistique ?

J’ai grandi dans les années 90/2000 en écoutant des groupes comme Coldplay, Radiohed, Muse… Mais aussi des icones comme Kate Bush, Madonna et même Britney Spears quand j’étais plus petite (j’assume totalement). Ma mère m’a également gavée de variétés françaises alors que mon père c’était plutôt rock voir punk. Mes influences sont un joyeux bordel de tout ça.

  • Comment se composent les morceaux dans votre groupe ? C’est un processus collectif, ou chacun apporte sa pierre séparément ?

Comme je le disais plus haut, on a deux façons de travailler. Gaetan ou olivier ont des idées d’instrus qu’ils m’envoient et je cherche des toplines avec. Ou alors j’ai déjà des mélodies écrites avec couplets/refrains et les gars viennent chercher autour. Il y a des allers/retours, des changements de structures, de tona, parfois d’instruments, et le batteur vient mettre la touche finale en enregistrant sa partie de batterie.

  • La mer et les paysages bretons semblent très présents dans ton imaginaire. À quel point ton environnement influence‑t‑il ton écriture ?

Je ne sais pas si j’aurai pu écrire en habitant en ville. J’ai besoin d’épouser pleinement le paysage pour être créative. Marcher ou courir sur les sentiers, me baigner dans la mer toute l’année, profiter de la douceur de l’été comme affronter les longs hivers venteux et pluvieux que l’on a ici et qui me rassérènent pour mieux coucher des choses sur le papier.

  • Pour toi, c’est où le meilleur endroit pour écrire une chanson ?

Chez moi, dans la yourte, en écoutant le vent et le bruit des vagues au loin.

  • Tes textes abordent souvent l’écologie, l’identité, les relations humaines. C’est une intention consciente ou quelque chose qui vient naturellement ?

C’est naturel car ce sont des choses qui m’animent au quotidien et dont j’ai besoin de parler. Que cela me rende heureuse ou triste d’ailleurs.  Je pourrais aller chez le psy mais je préfère écrire des chansons.

  • Qu’est‑ce qui change pour toi entre l’écriture d’une chanson seule et le moment où tu la partages sur scène ?

Je suis frustrée que la majorité des gens ne comprennent pas ce que je dise (lol) ! Non en vrai je ressens comme une récompense et une vraie chance. Beaucoup d’artistes n’ont pas la chance de vivre leurs chansons sur scène autant qu’ils le voudraient, alors ok je fais pas des zéniths mais je suis vraiment reconnaissante de pouvoir vivre mes chansons sur scène et de rencontrer des gens qui sont touchés par ma musique même s’ils ne comprennent pas toujours. Ils ressentent l’émotion que j’essaye de transmettre.

  • Penses‑tu que la musique peut jouer un rôle dans la transmission et la modernisation du breton ?

Complètement, plein de gens nous le disent d’ailleurs ! Mais si l’État voulait bien se donner la peine de nous diffuser plus largement sur le territoire national tout en favorisant l’apprentissage du breton dans les écoles ce serait royal.

  • Si tu compares ton premier EP à tes projets récents, comment décrirais‑tu l’évolution de ta musique ?

Le premier EP a été écrit pendant le confinement, c’était un peu comme une recherche sonore pour nous qui apprenions à nous connaître humainement et musicalement. Maintenant on sait ce que chacun peut amener dans la composition des titres et on essaye de créer des morceaux avec un potentiel scénique fort.

  • Dans certaines de tes vidéos TikTok, on devine une yourte en arrière‑plan. Est‑ce ton lieu de vie ? Est‑ce lié à une démarche écologique ? Tu peux nous en dire un peu plus ?

Oui c’est chez moi. C’est ancré dans une démarche écologique forte, puisqu’il y a du terrain pour cultiver, un système de phyto-épuration et des… toilettes sèches ! Il y aura aussi bientôt des poules. L’objectif est de re familiariser avec les pratiques de nos grands-parents qui n’ont malheureusement pas transmis leurs savoir-faire à nos parents dans un monde ou le capitalisme a remplacé cela par le « confort moderne ».

  • L’intelligence artificielle prend de plus en plus de place dans la musique, que ce soit pour les instrus ou les paroles. Quel regard portes‑tu là‑dessus en tant qu’artiste ?

Je ne comprends pas que l’on puisse utiliser l’IA dans certains domaines, j’étais d’ailleurs étonnée que beaucoup de gens autour de moi l’utilise alors qu’on sait combien cela pollue, et dans mon cas je trouve que cela tue la créativité spontanée. Je ne pense pas que cela soit bénéfique pour le cerveau à long terme…

  • Quand est‑ce qu’on aura la chance de te voir en région parisienne ?

Ahlala Paris !! Nous jouerons à Paris quand une date se présentera au milieu d’autres dates sur la route et pas pour un one shot, ce serait contraire à mes valeurs en tout cas.

  • Y a‑t‑il des artistes, en Bretagne ou ailleurs, avec qui tu rêverais de collaborer ?

Avec Komodor ! Je verrais bien un peu de breton dans un morceau de rock psyché ! J’ai aussi un rêve : celui d’arranger et d’interpréter nos chansons avec un orchestre symphonique un jour, celui de Bretagne par exemple…

  • Qu’est‑ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

Faire le plein de concerts ! Et d’avoir un titre en breton sur une radio nationale (mais je crois qu’on peut toujours rêver), ou à défaut un en français !

  • Et sincèrement… le beurre salé, c’est quand même meilleur que le beurre doux, non ?

Mais oui ! Quand je retourne à Cherbourg, ma grand-mère achète spécialement une plaquette de beurre salé pour ma venue, si ce n’est pas ça le succès…

@pyofficiel

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